03.08.2007
Nostalgie à l'italienne

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Le Grand Hôtel est fermé, c’est entendu : il a l’air d’un vaisseau rose échoué derrière les palmiers, dont l’ancienne entrée est aujourd’hui la terrasse d'un McDo. Tout passe, mais on se console en se disant que des bribes de ce qui a passé ont été filmées, ensuite de quoi la première déclinaison des années passées se fait le long de la ruelle conduisant aux arcades et à la Piazza, avec le défilé des affiches du festival, sinon de ces soixante dernières années, du moins d’une vingtaine, et les taches noires sont tombées entretemps de la lune, tout est léopardisé ce 1er août à Locarno, dans les vitrines et sur les calicots, fauve qui peut…
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Ce premier soir on parlera japonais sur la Piazza Grande : japonais d’abord et ensuite suédois. Japonais dans le méga-manga de Fumihiro Sori, dont le titre de Vexille désigne la fulminante jeune fille qui va sauver l’humanité de la robotisation générale fomentée par un savant fourbe, dernier émule de Faust, et suédois ensuite pour se rappeler la mémoire du cher disparu de l’avant-veille, Ingmar Bergman dont on reverra le sublime Saraband où Liv Ullman incarne l’humanité à elle seule, pas immortelle du tout mais si émouvante. Première émotion assurée : commozione sulla Piazza Grande. Ciao tutti…
Locarno, ce 2 août. – « A Locarno, les stars, ce sont les films ». C’est le Président qui le dit. Et le Président, dans la foulée, a promis du risotto pour tous par manière de réjouissance sexagénaire.
Mais il y a d’abord ce matin, avec en première star un film introuvable, comme me l’a confirmé le compère Chevallier de la Cinémathèque, rencontré par hasard.
Cela s’intitule Piccolo mondo antico et c’est du Stendhal filmé par Mario Soldati en 1941, rapide comme l’éclair et romantique en diable, avec une étoile de vingt ans dont la lumière nous arrive de l’autre monde sur l’écran : la toute jeune Alida Valli jouant à merveille de toutes les gammes de l’émotion, de la candeur à la révolte et jusqu’au désespoir d’une mère à qui le destin méchant a arraché son enfant.
Avant le voluptueux et baroque Senso de Luchino Visconti, Piccolo mondo antico allie le réalisme d’avant les guerres et le néo-réalisme d’après les ruines. Ses protagonistes incarnent respectivement les ténèbres du passé, avec la marquise à gueule de monstre réactionnaire peint par Goya, et les lueurs de l’avenir sous les traits du jeune couple partageant les idées nouvelles de cette fin du XIXe siècle où Cavour incite l’Italie à « fare da sè »… Or ce n’est pas tout noir et tout blanc pour autant, parce que l’Italie est un formidable creuset de vie où les curés rêvent de s’empiffrer de risotto la truffe, où les roquets mordent les mollets et où tout une humanité bariolée se démène en riant fort et en pleurant grave.
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Après cette merveille, trois autres « stars » suivront au cinéma l’Ex-Rex et sur la Piazza Grande. La première, I pugni in tasca (qu’il faudrait traduire par Le poing dans la poche) de Marco Bellocchio, primée en 1965 à Locarno, est un sombre joyau des années 60, où Lou Castel flamboie en jeune homme perdu de mal-être dans une famille déglinguée. Le style en est violent et superbe, la direction époustouflante de la part d’un tout jeune réalisateur, et l’esprit de l’époque, entre implosion névrotique et explosion révolutionnaire, y est magistralement figuré.

Deux jours après la mort du Maître, retrouver Antonioni dans La Signora senza camelie, datant de 1956, est un autre bonheur tant ce film, marqué par l’émancipation d’une jeune star (Lucia Bosè) de Cinecittà manipulée par les hommes, conjugue déjà, avec un reste de néo-réalisme truculent dans la peinture du milieu cinématographique, la rigueur de composition formelle et la pénétration de l’analyse.
Toute autre manière évidemment, dans les grandes largeurs un peu flatteuses du feuilleton contemporain, mais avec émotion aussi et panache : la chronique récente, enfin, de Daniele Luchetti dans Mio fratello è figlio unico, qui reprend, en d’autres lieux et avec des personnages de même tournure, la saga de Nos meilleures années de Gordana.
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S’il y a quand même quelques stars à Locarno, elles se fondent dans la foule. On voit par exemple un chapeau de paille et un complet clair s’y faufiler, mais ce n’est qu’une apparition. La rumeur signale la silhouette dans la houle des arrivants sortant de la gare, puis réapparaissant vers les quais ou sur les hauteurs, comme à la fin du Silence des agneaux. Des murmures se sont répandus de loin en loin et une touche d’effroi a été remarquée dans certains regards de jeunes femmes. A la réception d’un certain palace, l’arrivée de Sir Anthony Hopkins rappelle au concierge cinéphile son collègue des Vestiges du jour…
Pendant ce temps une belle tortue, dans les jardins d’un autre Albergo, chemine incognito avec un drôle de rictus aux lèvres. Mais que cherchent donc les stars à Locarno ? Elles cherchent le film de leur vie passée dont les bobines, miracle, viennent de ressusciter. Ciao tutti…
08:19 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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