29.10.2010
La nuit du court mais bon

En tournée romande, la sélections de courts métrages préparée par SwissFilms a de quoi séduire. Riche vitrine, où scintillent quelque sbijoux.
Le premier coureur de cent mètres vous le dira : l’art du court est difficile, au cinéma comme en littérature. Pour un cinéaste, exprimer l’essentiel en deux ou vingt-deux minutes est un défi. Mais relever ce défi a de multiples enjeux dans la grande machine du cinéma. Un premier «court», film d’école ou galop de franc-tireur, a valeur de test. Carte de visite : Icebergs du Vaudois Germinal Rohaux, ou L’escalier de Frédéric Mermoud, tranches de vie hypersensibles et très maîtrisés, annoncent ainsi deux talents au même titre que le premier court d’Oliver Stone Retour du Vietnam.
Mais le court ne vise pas que les producteurs de demain : c’est devenu un genre à part entière avec ses multiples profils, de tranches de vie en clips et autres merveilles d’animation. Et puis il a son son public, ses festivals et ses nuits. Rien qu’en cette fin d’année, entre Winterthour et Genève, via Lausanne, Sainte-Croix et Morges, le court va vivre ses longues nuits. Aficionados exclusifs férus de prises de tête ? Pas du tout. On le voit chaque année à Locarno avec les sélections très suivies des Léopards de demain. : sinon le grand public des blockbusters : des amateurs éclairés que les « passeurs» soignent, tel le Lausannois Philippe Clivaz ou l’institution SWISS FILMS.
C’est à cette enseigne, d’ailleurs, que la tournée en Suisse romande et au Tessin de la Nuit du court métrage a été conçue, amorcée le 15 octobre dernier à la Chaux-de-Fonds. Au programme : l’avant-première de Bam Tchak, film d’école d’une enfant du pays, Marie-Elsa Sgualdo, qui exprime en seize minutes la détresse et la vengeance d’une jeune femme trompée qu’obsède l’idée de coller un pain sur la face de sa rivale au cours d’une journée « squattée » par l’anniversaire de sa petite fille. Séance spéciale, devant la salle comble de l’ABC, suivie de quatre programmes réunissant dix-neuf films, dont quelques merveilles (voir encadré).
Les Quartz 2010
Dans la catégorie « meilleur court métrage » du Prix du cinéma suisse, SWISS Films se devait de montrer le lauréat 2010, également Léopard d’or du genre à Locarno, avec Las Pelotas de Chris Niemeyer, comédie savoureuse où l’on voit deux père de petits footballeurs, vedettes potentielles mais recalées, essayer d’en concevoir deux autres en croisant leurs femmes… Dans la foulée, un autre film nominé, et remarqué à l’étranger, À côté de Basil da Cunha, creuse un peu plus profond en modulant la frustration sentimentale et sexuelle d’un travailleur étranger sur un chantier, voyeur éperdu de sa belle voisine.
À préciser, enfin, que la tournée romande de La nuit du court métrage se combinera, le 19 novembre prochain à Lausanne, avec les 14 programmes mis sur pied par Base-Court à l’enseigne de le 13e Nuit du court. On y vole ?
Au top de l’animation
Du grand art : voilà ce qu’on se dit en découvrant deux purs bijoux présentés dans le programme « Séquences animées », à savoir d’une part : Logorama, du collectif français H5, primé à la Semaine de la critique de Cannes et lauréat de l’Oscar du meilleur court métrage d’animation 2010 ; et, d’autre part, Fast film, de l’Autrichien Virgil Widrich.
Des policiers à dégaine de Bibendums, de la firme Michelin, donnant la chasse au rapteur d’enfants Ronald McDonald, mascotte des restaurants fameux : c’est l’action de ce fantastique Logorama, qui détourne près de 3000 logos de marques mondiales dans une hilarante parodie de polar californien tournant au cauchemar avec le réveil de Big One, le tremblement de terre tant attendu. Déjà en ligne sur internet, ce petit chef-d’œuvre de 16 minutes signé collectivement H5 (François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain) épate par sa réalisation (six ans de travail) autant que par son humour grinçant.
Autre sommet dans la technique de l’image détournée, Fast film, Palme d’or à Cannes, en 2003, évoque, là encore, une folle poursuite, mais dans un train à transformations (combinant les techniques du cinéma, du graphisme et des papiers collés) à bord duquel déferlent, par incrustation, des scènes empruntées aux classiques du 7e art, tous genres confondus. Jouissif !

La tournée en dates
Sainte-Croix, au cinéma Royal, le 5 novembre.
Delémont, cinéma La Grange, 6 novembre.
Lugano, cinéma Lux, le 12 novembre.
Fribourg Fri-Son, le 13 novembre.
Lausanne, cinéma Pathé Les Galeries, le 19 novembre.
Morges, cinéma Odéon, le 20 novembre
Infos. http://www.nuitducourt.ch/
20:19 Publié dans Commerce | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, court métrage



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