07.08.2011
Harrison Ford au naturel

La foule des grandes nuits de la Piazza Grande était présente samedi soir à la projection de Cow-Boys & Aliens, avec Daniel Craig et Harrison Ford. Rencontre.
Olivier Père a fait très fort en programmant samedi soir, sur la Piazza Grande, le blockbuster de Jon Favreau en première européenne. Preuve en a été la véritable ruée du public sur la Piazza et dans la mégasalle de la FEVI. Autour du réalisateur, deux superstars du cinéma américain, Daniel Craig (devenu célèbre avec James Bond, et campant Rackham le rouge dans Le Secret de la licorne de Spielberg) et Harrison Ford (Indiana Jones portant ici un chapeau relooké Far-West) ont fait le déplacement de Locarno avec la belle Olivia Wilde, figure féminine irradiante de Cow-Boys & Aliens.
Combinant les motifs du western classique, aujourd'hui boudé par le jeune public américain, et les stéréotypes de la science fiction, le film se déploie dans un décor magnifique où les bons et les méchants de la tradition se liguent contre l'ennemi extérieur qui vient pomper « leur » or et semer la terreur par le truchement d'énormes crapauds griffus et dentus...
Un homme réservé et attentif
Cornaqués comme dans un safari jusqu'au palace dominant Lugano où les stars ont été accueillies, les journalistes ont eu droit à quatre entretiens d'une vingtaine de minutes, moyennant un code vestimentaire strict : pantalons longs souhaités...
Harrison Ford, charpentier avant d'être acteur, aime le travail. Le mot « work », « good work » revient souvent dans son discours mesuré, presque « taiseux », sans trace de frime. Autant l'acteur crève l'écran, autant l'homme est réservé et patient dans ses réponses : non, il ne connaît pas bien la Suisse à part ses montres ; oui, il est flatté de recevoir un Léopard d'or pour son travail ; non, il ne joue pas au golf et n'est pas venu à Locarno en avion ; oui, il se rendait en hélico à Santa Fé sur le lieu de tournage de Cow-Boys & Aliens ; non, il n'a pas essayé de se la jouer John Wayne ; oui, il a aimé travailler dans les grands espaces du Nouveau-Mexique et vivre avec des chevaux ; non, il ne pense pas que le parrainage de Steven Spielberg suffise à assurer le succès d'un film ; oui, il apprécie Cow-Boys & Aliens parce que Jon Favreau y a beaucoup et bien travaillé. Or le travail d'acteur, comme le travail manuel auquel il consacre une partie de ses loisirs, ou le travail de défenseur impénitent de l'environnement, lui plaisent également. Le travail, l'expérience : deux mots clefs dans la conversation de Harrison Ford...
- Qu'est-ce qui vous a séduit dans le projet de ce film ?
- Le script était si différent des films que j'ai tournés jusque-là que ça m'a intéressé, et d'autant plus que je n'ai jamais joué dans un western. J'ai tourné dans certains films touchant à la science fiction, mais le mélange des deux genres me semblait apte à réunir des publics divers. En outre, le personnage que je devais incarner m'a intéressé par sa complexité et son évolution au fil de l'histoire.
- En quoi, plus précisément ?
- Parce que c'est un type auquel il est difficile a priori de s'attacher. Mais il va faire un certain nombre d'expériences qui vont le changer. Cela l'amène ainsi à devenir un meilleur père quand il retrouve son fils finalement arraché aux Aliens.
- Pouvez-vous en dire plus sur sa relation avec son fils et ses deux jeunes émules, l'Indien et le gosse ?
- Pour le Colonel Woodrow Dolarhyde, l'homme le plus riche de la ville, son fils est un boulet. Son commerce de bovins emploie beaucoup de monde. On apprend au fil de l'histoire qu'il a eu une carrière militaire et qu'il a été engagé dans les batailles les plus meurtrières de la guerre civile, où il a perdu beaucoup d'hommes. Il est amer et cruel. Visiblement, il n'y a pas de Madame Dolarhyde, sinon elle aurait fui depuis longtemps. Son fils, veule et violent, est l'illustration de cette absence et de son propre manquement. Pourtant il est aussi le mentor du jeune Indien, auquel il a sauvé la vie, et ce qu'il vit enfin avec le petit garçon montre son désir de se racheter. Dont témoigne son sourire final...
18:18 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, festival de locarno



Commentaires
Bof, ces méga-stars hollywoodiennes qui s'en viennent 45 minutes récolter leur cachet puis repartent vers des destinations sans âmes à mille lieues de la Piazza Grande. "We got a couple of watches but didn't have chocolate. Had a plane to catch plus I'm on a diet". Difficile de ne pas voir chez ce nouveau directeur de la grandiloquence aussi creuse que bling bling. L'extraordinaire Frédéric Maire, lui, apportait par sa programmation une vision d'un cinéma accessible mais exigeant et des vraies émotions. Finalement, de la simplcité, un partage riche et une semaine à Locarno loin des blockbusters qui n'ont rien à faire sur cette place. Daniel Craig pfff... Y a-t-il aussi un stand Aston Martin et plusieurs automobiles exposées devant la place, là où jouait un petit groupe de jazz italo-américain?
Merci Monsieur Maire. Et bravo pour ce que vous faites à Lausanne à la cinémathèque. Nous retournerons voir Fellini avec plus de conviction encore.
Ecrit par : Anton | 09.08.2011
Non, Anton, vous êtes injuste avec Olivier Père, qui est sur la même ligne que Frédéric Maire avec un carnet d'adresses mieux fourni et une touche française plus accusée. Mais ce qu'il fait est exactement ce qu'espéraient les gens de Locarno (Solari et consorts) et qu'aurait fait Frédéric Maire lui-même sans besoin de Bideau pour l'y encourager. En fait, à part les grosses machines qui font beaucoup de bruit sur la Piazza, celle-ci accueille encore des films intéressants, comme ce soir même Bachir Lazhar de Fajardeau, et il y a une quantité de choses intéressantes dans cette édition, meilleure que les deux précédentes. Ce qui est important est surtout le fait que les salles soient pleines pour des sélections de courts métrages ou des films de qualité de toute provenance, et que des jeunes réalisateurs continuent d'être reçus ici, au m'eme titre que la superbe rétrospective de Minelli. À part ça, parler de mégastars qui viennent pour récolter un cachet est vraiment à côté de la plaque, vu que ces professionnels font leur boulot de promotion comme tous leurs pairs et qu'ils découvrent Locarno avec un enthousiasme de petits garçons. Ce soir, c'était Depardieu, la veuve de Pialat et Isabelle Huppert, que la Piazza sidère également. Bref, il n'y a pas les purs et les impurs mais un Festival qui veut se développer et qui reste néanmoins un lieu de rencontre et de découvertes fabuleux...
Ecrit par : JLK | 09.08.2011
Bien, si vous le dites. Après tout c’est vous le professionnel du sujet. Ainsi Locarno n’échappe pas aux compromis. Il n’empêche que les mégastars de blockbusters que sont Daniel Craig et Harrison Ford (dont les oui-non laconiques de votre entretien ne semblent pas refléter un enthousiasme débordant) donnent au festival des grands airs cannois aussi clinquants que peu sympathiques.
Ecrit par : Anton | 09.08.2011
Ne comptez pas sur moi pour défendre les blockbusters, mais j'ai trouvé les mégastars en question très aimables, polis et intéressants quand on leur pose des questions qui sortent du papotage pipole. Le problème est plutôt là si vous suivez mon regard. À part quoi cet exercice de l'interview collectif organisé comme une espèce de safari m'a intéressé au second degré. Et si vous préférez un festival mort parce que refusant tout compromis, alors que des centaines de films ne seront visibles que par lui, libre à vous. Pour ma part, je trouve passionnante une manifestation qui reflète aussi les contradictions énormes de notre société. La semaine passée j'étais en Tunisie, où le Festival de Carthage crève de n'avoir plus de stars. Faut-il le déplorer ou s'en réjouir ? Je n'oserais pas répondre pour les Tunisiens qui ont d'autres soucis pour l'instant. Cordialement. Jlk
Ecrit par : JLK | 09.08.2011
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