18.08.2011
Le lynchage de Melgar

Quand Paulo Branco se la joue stalinien de salon à Locarno, entre deux mojitos...
Le lynchage verbal auquel s'est livré Paulo Branco, président du jury du Festival de Locarno 2011, à l'encontre de Fernand Melgar et de son film Vol spécial, taxé de « film fasciste », nous ramène à la rhétorique des idéologies totalitaires brune et rouge du XXe siècle, dont les affiches hideuses apparues sur nos murs sont un autre avatar.
Nous pensions être sortis de ce langage de brutes, et pourtant non : la simplification grossière, gage de bonne conscience guerrière, n'a rien perdu de son fiel mauvais et de sa violence.
Fernand Melgar s'attendait, probablement, à se voir attaqué par les partisans du parti populiste UDC, et cela n'a pas manqué : dès que j'ai présenté Vol spécial dans les colonnes de 24Heures et sur mes blogs, certains censeurs, sans avoir vu le film, ont accusé ce fils d'Espagnols de salir la Suisse qui a si généreusement accueilli les siens, n'est-ce pas. Entre les lignes on lisait la vieille rengaine sympa des années 50-60, genre «rentre chez toi l'Espingouin ! » ou « va donc voir à Moscou ! » Taxer Melgar de gauchiste s'inscrivait d'ailleurs dans la logique de son rejet par la droite primaire. Ses films, d'Exit à La Forteresse, sont en effet marqués par ce qu'on pourrait dire un humanisme de gauche, sans qu'on puisse parler de films militants pour autant au sens où on l'entendait dans les années 50-60. Melgar se dit lui-même démocrate, et ce n'est pas une posture mais une position qu'il incarne dans son travail et dans sa vie. Toutes choses qui doivent échapper complètement à l'intello typique de la vieille garde des compagnons de route incarné par Paulo Branco, pour qui la démocratie directe à la manière suisse, dont il ignore évidemment tout du fonctionnement réel, ne peut qu'être suspecte. Pensez : un peuple qui vote si mal ! Yann Moix l'avait d'ailleurs déclaré avant lui : peuple de fachos, peuple de collabos !
Or, taxé de fascisme par l'élégant Paulo, le gentil Fernand n'a su répondre que ça : qu'il est démocrate, qu'il respecte ses aînés soixante-huitards et qu'il est juste triste...
Après la projection de Vol spécial, pour ma part, j'étais juste en rage, comme je l'ai été à Locarno en découvrant les abominables affiches de l'UDC en langue italienne qui fut celle certes de Mussolini mais qui est surtout à mes yeux la langue de Dante, de Fellini , de Pavese et de Pasolini. Mais la rage devant le simplisme imbécile d'un slogan et d'une image de l'invasion est tout autre que la rage découlant du constat d'une injustice et d'une indignité avérées, liées elle-mêmes à une situation européenne et mondiale complexe, enchevêtrée, absolument indémêlable en termes manichéens opposant bourreaux et victimes. Cette complexité qui exclut les réductions simplistes avait été perçue il y a des décennies, d'ailleurs, par ces grands artistes que furent un Dürrenmatt ou un Pasolini, à la hauteur desquels un Fernand Melgar, remarquable artisan, n'a pas la prétention de se hisser.
Paulo Branco, en son simplisme idéologique de vieille ganache toujours imprégnée des eaux de vidures d'évier de la guerre froide, ne peut que détester la complexité ressaisie par Melgar. De toute évidence, notre pistolero de salon ignore la complexité sociale et politique d'une démocratie directe telle que la nôtre, nullement satisfaisante à bien des égards mais qu'il est malhonnête de juger sans la connaître un tant soit peu. Qu'un réalisateur suisse, nullement chauvin au demeurant, se pointe à Locarno avec un directeur de prison administrative suisse à cravate rose, ne peut que paraître suspect à Paulo Branco qui prétend, à tort, que le réalisateur le présente en héros. Que le responsable de prison à cravate rose déclare haut et fort, dans le film, qu'il a honte d'être Suisse au lendemain de la mort, à Zurich, d'un requérant d'asile renvoyé dans des circonstances explicitement dénoncées par le film - mais le requérant en question ne venait pas de Frambois, contrairement à ce que prétend Branco là encore malhonnête, et les motifs exacts de son décès restent inexpliqués à ce qu'il semble- mal documenté, juste pressé de flinguer à vue (même sans rien voir), Paulo Branco juge sans prendre la peine de s'informer, alors que le site du film est plus explicite à cet égard.
Représentant avéré de ce que notre confrère Claude Ansermoz a appelé exquisement la « Révolution des œillères), Paulo Branco ne voit rien de la réalité effectivement documentée par Melgar, qui est celle d'un piège. La prison de Frambois est un piège qui a cela de particulier que tout le monde y est piégé. Bien entendu, il serait « obscène », pour reprendre les termes de Paulo Branco, de mettre la situation des sans-papiers sur le même plan que celle des fonctionnaires commis à leur entretien, mais ce n'est pas du tout ce que fait Melgar. Pas un instant le réalisateur ne justifie les pratiques des gardiens commandés par le Règlement, qu'il se borne à montrer. Et que s'imagine donc Branco : que les 3000 spectateurs qui ont applaudi Vol spécial applaudissaient le Règlement appliqué ?
Fernand Melgar n'exalte donc pas du tout le comportement des « accompagnants ». S'il y a quelque chose d'assez révulsant dans les manières paternes du directeur à cravate rose qui explique au requérant promis à un vol spécial que maintenant, voilà, on va « rentrer à la maison » et que ça se passera « sans histoires », telle est bien la réalité suisse (et pas que Suisse évidemment...) qu'on peut trouver insupportable et que Melgar capte sans la juger, sensible à l'humain et laissant à Zouc le soin de la goriller comme il sied. Melgar n'a rien de belge et ce n'est pas demain qu'il nous fera un film à la Deschiens : Melgar est un Espagnol devenu Suisse, donc un peu plus Suisse que nous autres, comme mon beau-frère. On connaît ça : le secundo ou le frais immigré font du zèle. Mais ce que Melgar montre est intéressant, et cela seul compte.
Le malentendu est aussi une affaire de générations, et je comprends que Paulo Branco rêve de prolonger l'illusion du film militant, tel que Francis Reusser, par exemple, le pratiqua jadis dans Biladi, documentaire palestinien strictement unilatéral. Voir Biladi et conclure : salauds d'Israéliens fachos ! Belle preuve de bonne conscience, que j'ai retrouvée l'an dernier chez notre cher Freddy Buache lorsque, lui recommandant de voir Le responsables des ressources humaines, il me répondit : « Ah mon cher, un film israélien, non merci ! »
Dans le même ordre d'observations, je me rappelle les Journées de Sorrente de l'année 1977, consacrées au cinéma suisse, marquées notamment par la projection du Grand soir de Reusser, des Indiens sont encore loin de Patricia Morazt et de Violanta de Daniel Schmid; et quels beaux soirs nous aurons vécu, sur les terrasses domminant la baie de Naples, à entendre ces dames et messieurs disserter sur la meilleur façon de toucher le peuple suisse plus ou moins collabo (le mot n'y était pas, mais l'idée pointait le museau), du moins estimé somnolent à proportion de son peu de goût pour des films jugés (injustement) plus ou moins chiants.
Cette gracieuse désignation des « collabos », introduite par Paulo Branco lui-même dans sa réponse à notre confrère Claude Ansermoz (24 Heures du 17 août 2011) lui demandant comment il interprétait le fait que 3000 personnes, à la FEVI, se lèvent pour applaudir Vol spécial, en dit long sur le respect que le produc à provocs's montre envers le public, bande de veaux qui votent des lois infâmes, c'est bien connu.
Au même propos, je me souviens d'une soirée passée à Cologne, il y a une vingtaine d'années de ça, en compagnie d'un autre ponte de la provoc', en la personne de Günter Wallraff (Tête de Turc, etc.) qui me dit comme ça, après m'avoir demandé si c'était le journal qui réglerait l'addition, que la Suisse pendant la guerre s'était montrée plus que collabo : vampire de l'Europe nourrie du sang et de l'or des Juifs.
À cette rhétorique de propagandistes prenant leurs désirs ou leurs exécrations pour la réalité, s'oppose évidemment l'exigence plus modeste de rendre compte de celle-ci dans toutes ses composantes, dont les éléments sociaux ou politiques ne sont pas forcément les principales. De ce point de vue, le souvenir de Violanta de Daniel Schmid, sans être son chef-d'œuvre, ou La dernière chance de Leopold Lindtberg , me semble plus vif aujourd'hui, comme celui de L'Âme sœur de Fredi M.Murer, léopard d'or de Locarno en 1985, que celui des réalisateurs engagés de l'heure.
Or qu'est-ce aujourd'hui qu'un film « engagé » ? À vrai dire je n'en sais trop rien, pas plus qu'en littérature, ou disons plutôt que la notion d'engagement prête trop souvent à malentendu. S'il s'agit d'achopper à la réalité contemporaine, je dirai que l'admirable Mary d'Abel Ferrara me semble aussi engagé, sinon plus en termes de travail artistique, que les reportages remarquables de Stefano Savona réalisés dans la bande de Gaza l'an dernier et cette année sur la place Tahrir.
En ce qui concerne le cinéma suisse, je constate que Le génie helvétique de Jean-Stéphane Bron, et plus encore Cleveland contre Wall Street, Groundding de Michael Steiner, Des épaules solides d'Ursula Meier. Prudhommes de Stéphane Goël ou Vol spécial de Fernand Melgar, relèvent d'un engagement plus frontal et mieux accordé à un débat de large audience
que nombre de films « poilitiquement » plus explicites de leurs aînés.
Sans en faire une question de générations, il me semble que les rélisateurs du nouveau cinéma suisse, à partir des docus de Bron (Connu de nos services) et de Lionel Baier (Celui au pasteur ou La Parade), entre autres, se sont distingués de leurs prédécesseurs en préférant, à la démonstration établie sur des conclusions préalables - procédure souvent appliquée dans l'émission- vedette de la TSR, Temps présent, conduite par Claude Torracinta -, la simple exposition des faits supposés parler d'eux.même à un publiv libre de se faire une opinion en dernière instance.
Bien entendu, la réalité suisse a un côté modeste et pompon qui peut exaspérer, et les manières du bon Docteur Sobel (dans Exit de Melgar), expliquant à la candidate au suicie que, maintenant, on va gentiment prendre sa potion, frisent parfois le monstrueux, comme l'a bien montré Michel Houellebecq à la fin de La carte et le territoire. Une Zouc,une fois encore, a illustré merveilleusement cette terrifiante gentillesse du petit pays à nains de jardin...
Aux socialistes révolutionnaires qui lui reprochaient de ne pas prendre, dans ses récits extraordinairement documentés sur la misère de la Russie tsariste, Anton Tchekhov répondait que, s'il s'était attaché sérieusement à la peinture des faits et gestes de voleurs de chevaux, il lui paraissait inutile de conclure en disant qu'il est mal de voler des chevaux. Le problème de Paulo Branco, amateur de chevaux, est qu'il n'en a qu'à la moralité déclarée (ce qu'il appelle pompusement la « responsabilité ») et qu'à ce taux-là un Tchekhov, comme un Pasolini plus tard, ou un Kundera en littérature - et je ne parle de ce facho de Soljenitsyne - ne peuvent qu'être suspects avec leurs façons respective de montrer sans démontrer.
Frédéric Maire, pour défendre loyalement Fernand Melgar et son travail, a justement souligné que le réalisateur lausannois montrait au lieu de démontrer. À quoi, ajoutant une muflerie sur l'autre, Paul Branco a osé répondre que sans doute le directeur de la Cinémathèque n'avait pas vu le film ! Aggravant son cas, le même Paulo a ajouté qu'il lui paraissait scandaleux que le Festival de Locarno accueille seulement um film aussi fasciste que Vol spécial.
De son côté, Olivier Père ne m'a paru bien courageux, quoique défendant Melgar, en invoquant les « motifs artistiques », et non politiques, sur lesquels se fonde son invité, lequel n'a pas amené le début d'une argumentation de type réellement cinématographique sur le film en question.
Autant dire que la Suisse fasciste et collabo est reconnaissante à Edouard Waintrop, grand cinéphile français qui a remplacé Olivier Père à la tête de la Quinzaine des réalisateurs, au Festival de Cannes, de voler au secours de Melgar en se déclarant lui aussi fasciste et collabo !
Si les mots ne veulent plus rien dire dans la confusion amnésique des temps qui courent, alors allons-y petits : après avoir été tous des Juifs allemands au temps de Dany le Rouge,nous voici tous des fachos collabos promis bientôt à un vol spécial que pilotera Paulo Branco, avec Yann Moix pour copilote, lesquels nous conduiront, menottés et garottés, jusqu'au bord de la piscine où nous attendent les clones téléfilmiques d'Hitler et Salazar, à siroter des mojitos...
13:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : festival de locarno, polémique



Commentaires
Mettez ceci :
" certains censeurs, sans avoir vu le film, ont accusé ce fils d'Espagnols de salir la Suisse qui a si généreusement accueilli les siens, n'est-ce pas"
en relation avec cela :
"Vol spécial de Fernand Melgar, relèvent d'un engagement plus frontal et mieux accordé à un débat de large audience que nombre de films « poilitiquement » plus explicites de leurs aînés."
Cela n'indiquerait-il pas que vous admettez que Melgar crache dans la soupe plus efficacement que par exemple Reusser ?
Ecrit par : Géo | 18.08.2011
En quoi Fernand Melgar crache-t-il dans la soupe ? Vous seriez bien en peine de le dire puisque vous n'avez pas vu le film. Une fois de plus vous jugez sans connaissance de cause. Donc il n'y a pas de dialogue possible avec vous. Mes compliments à vos nains de jardin.
Ecrit par : JLK | 18.08.2011
Fils d'Espagnols, de Chamblonnois, de Caques-à-part ou de Damounais de souche, libre à lui d'émettre une opinion sur ce pays puisqu'il y a grandi et passé toute sa vie. L'expérience de Melgar est tout aussi valable que celle d'un bon et brave géologue suisse qui a toujours tout fait tout comme il faut.
Ecrit par : Roman | 18.08.2011
"Film fasciste" c'est une accusation stupide.
Un film fasciste cherche à tétaniser les gens pour qu'ils ne comprenent rien afin de conforter l'état des choses ... un film comme Vol Spécial qui essaie de nourrir la réflexion ne peut pas être fasciste ... il se situe même à l'extrême opposé ... ce film ne rend en rien l'ordre établi et les lois xénophobes attrayantes ...
Ecrit par : Philip Seelen | 18.08.2011
Merci, M. Kuffer, de mettre dans un contexte plus large et intelligent, la grossièreté de Paulo Pranco envers envers Fernand Melgar. Je n'ai pas vu le film, cependant j'ai travaillé durant 10 ans à SOS ASILE JURA (1984 à 1995), les personnes engagées pour la défense du Droit à l'asile des Réfugiés, étrangers, demandeurs d'asile, en plus et avec la voix des personnes concernées "ces gens de trop" qu'il faut "liquider" comme le disait un fonctionnaire (que je peux mais ne veux pas nommer). Un film comme celui de Melgar, dit une infime partie de ce dont nous devrions, et dont nous essayons parfois de témoigner (J'ai vu la Forteresse). La manière dont les exécutants procèdent à la "liquidation" nous fait rougir de honte.
Ecrit par : cmj | 19.08.2011
"En quoi Fernand Melgar crache-t-il dans la soupe ?" Mais c'est vous qui implicitement l'indiquez dans votre texte ! Melgar attaque plus frontalement que...
Les accusations de Branco sont d'une telle stupidité que le débat n'en vaut simplement pas la peine. Mais j'ai des doutes sur les motivations de Melgar. Imaginons qu'à l'instar d'un Rolf Kesselring, je fuie la Suisse en réclamant un statut de réfugié politique. Que j'élève mes enfants dans le pays qui m'aura accueilli et que ceux-ci partent en guerre contre mon pays d'accueil au prétexte que celui-ci ne les a pas suffisamment bien accueilli ? Et cela ne serait pas choquant ? Peut-être pas pour un Roman ci-dessus qui visiblement n'a jamais pris la peine de réfléchir dans sa vie, mais pour une grande majorité de gens, cela l'est.
Mon commentaire ci-dessus était un peu un piège, je l'admets. Reusser ne crache pas dans la soupe, Reusser est d'ici et il a le droit de faire les films qu'il veut sur ici et sur ailleurs. Et parlons-en : réduire Reusser à Biladi est franchement peu élégant (et j'euphémise tout ce que je peux...) de votre part. Que vous n'aimiez pas Reusser et "Derborence" est votre droit le plus strict, mais je me plais à vous faire remarquer que faire jouer Niels Arestrup sur le plateau du Pas-de-Cheville, région que vous semblez aimer autant que Reusser et moi (et beaucoup de Lausannois de la BSL qui aimaient aller se faire étriller chez Rodolphe G.) n'est pas donné à tout le monde.
Je n'ai pas de nains de jardin et il y a fort longtemps que j'ai appris à n'avoir aucun mépris pour ceux qui en ont. Je vous fais signe, comme disait l'ami Vlad, que l'équivalent du nain de jardin chez les gens comme vous est du genre jeune fille immature que l'on drague à la pelle du haut de son statut d'homme de lettres. Pas besoin de vous préciser à qui je pense, ils sont trop nombreux. Bien à vous.
Ecrit par : Géo | 19.08.2011
À quoi bon ergoter, Géo, à propos d'un film que vous n'avez pas vu ? La comparaison avec Kesselring est grotesque, et je n'ai jamais parlé d'attaque frontale à propos des documentaristes actuels, mais d'un engagement plus sérieux face à la chose, sur la base de documents dégagés des anciennes manipulations idéologique. À cet égard, je cite Biladi comme film partisan, sans aucune intention d'enfoncer Reusser ni de limiter son travail à ce docu militant. Dans vos fantasmes, vous décidez que je n'aime pas Derborence, ce qui est une malhonnêteté intellectuelle de plus de votre part, et d'autant plus que j'ai vu, réalisé en marge du film par Francis, et vu dans son atelier, un merveilleux court métrage qu'il n'a jamais projeté que je sache. Bref et une fois pour toutes, parlez en connaissance de cause...
Ecrit par : JLK | 19.08.2011
Mais qui ergote ? S'il y a bien un sale boulot, c'est de s'occuper de gérer les questions de l'asile. Vous ou moi, on ne s'en tirerait pas mieux que l'autre andouille en costume rose, et vous le savez aussi bien que moi. Quoi de plus facile alors que de filmer la maladresse de ceux qui font un travail voulu par la majorité et défendable objectivement parlant. Le monde n'est pas juste, c'est une réalité qu'on apprend à 6 ans. Après, il faut essayer de progresser.
Je n'ai pas vu le film de Melgar, et en admettant qu'il n'ait fait que montrer les faits, je trouve cela déjà trop facile. Mais passons. Cela ne fait que souligner à quel point les critiques de Branco sont parfaitement grotesques...
Mais ce que je sais de Melgar, c'est qu'il a profité de sa position de cinéaste de Vallorbe avec toutes les armes que cela lui a donné pour prendre position sur une expulsion (en Suède !) d'un jeune Irakien. Melgar passe du statut de militant d'ultragauche au cinéaste selon le vent, et c'est cela que je trouve particulièrement peu moral. La morale des gens de gauche semble complétement à géométrie variable. Voyez la défense du malheureux milliardaire socialiste contre la forcément salope immigrée guinéenne. J'ai plein d'autres exemples, si vous voulez ?
Ecrit par : Géo | 19.08.2011
Non, merci, ça ira comme ça. S'il y a quelqu'un qui "essaie de progresser", comme vous dites, c'est justement Melgar. Ce que Branco lui reproche est précisément trop de compréhension envers les pauvres fonctionnaires qui font juste leur job. Melgar n'a "profité" de rien du tout en défendant le jeune Irakien, il s'est montré simplement humain après que Widmer-Schlumpf, au sortir de la projection de La Forteresse, eût déclaré que ce film était important, avant de le faire virer. Et c'est vous qui parlez de morale à géométrie variable... Et voilà que Calmy-Rey annonce que les vols spéciaux devront être supprimés. Vous aimeriez qu'on vous ligote pendant 10 à 40 heures sur un siège où vous êtes forcé de vous chier dessus sous prétexte de sécurité ? Bref, Melgar ne crache pas sur la Suisse, c'est tout le contraire: il pointe une procédure, la plus coercitive en Europe, consistant à humilier des personnes sans aucune nécessité, et ce sont ces pratiques qui déshonorent la Suisse.
Ecrit par : JLK | 19.08.2011
Notre intellectuel humaniste géologue (et réfléchi) estime que « Reusser est d'ici et il a le droit de faire les films qu'il veut sur ici et sur ailleurs». Puisque Melgar n’est pas né en Suisse, son expérience ne mérite donc pas d’être entendue. Idée de base plutôt basique et puante. De plus il serait intéressant que le brave citoyen Géo précise ce qu’il entend par la notion d’accueil dans ce pays. Il se plaît à fustiger les affreux défenseurs français de DSK, mais il y a pourtant bien assez d’exemples chez nous, notamment chez les hôtelliers-restaurateurs qui ont un sens de l’accueil (et de la rémunération) des immigrés travailleurs assez différent de celui d’une CMJ. Mais gare à l'aide de cuisine qui saurait se servir d’une caméra, son témoignage sera discrédité d’emblée puisque non-indigène. Belle leçon d'objectivité. Vous avez dit intellectuel?
Ecrit par : Roman | 19.08.2011
Intellectuel humaniste ? Vous avez raison d'appuyer là, Roman. C'est justement où cela blesse. L'humanisme est la première chose que vous prenez en pleine gueule quand vous bossez sur le continent anti-humaniste par excellence (quoique les Asiatiques...), l'Afrique. Là-bas, les enfants appartiennent aux Ancêtres jusqu'à trois ans. Allez faire des campagnes de vaccination avec de telles données sociologiques...
Et ne me dites pas qu'il n'y a pas que des animistes en Afrique, par pitié. Ils ont appris à bien le cacher en parlant avec vous, c'est tout.
Avant de parler d'expulsion de réfugiés économiques, il conviendrait en premier lieu de dénoncer l'émigration en provenance de ce continent. Même la "bonne" est vraiment à remettre en question, et dieu sait si j'admire ceux qui ont émigré en France, vécu comme OS chez Renault, dormi dans un foyer Sonacotra pour envoyer leur vie durant leur paie à leur famille. Il ne s'agit selon nos critères plus de dévouement, c'est carrément de l'esclavage. Mais aujourd'hui, c'est pire. Des gens formés en Afrique - exclusivement par des fonds européens, surtout français - ne trouvent rien de mieux pour valoriser leur diplome que de travailler en esclave chez des maraîchers andalous, après avoir risqué leur vie sur des coques de noix. Voyage qu'ils ont payé très cher à une mafia sans pitié.
On estime à des centaines de millions d'euros l'argent que touche cette mafia par année, alors que ce continent manque cruellement d'investissements.
Mais voilà, ce n'est pas politiquement correct de dire aux Africains qu'ils sont des abrutis de participer à cette immense escroquerie et il est nettement plus facile de dénoncer les conditions d'expulsion des Suisses. Il faudrait peut-être aussi dire qu'un avion saccagé, cela coûte très cher et que c'est arrivé très souvent, avec l'entière complicité des douaniers africains sur place, dans des pays pourtant soutenus financièrement par la Suisse ?
PS. Merci de laisser qqn d'avis contraire s'exprimer dans votre blog. Vous devez être le dernier...
Ecrit par : Géo | 20.08.2011
Je n'ai aucune raison, Géo, de censurer un commentaire fondé sur une expérience personnelle et des conclusions tirées en connaissance de cause. Je ne vous ai jamais reproché qu'une chose: de juger a priori, sans pièces en mains qui vous permettent de flinguer Melgar. Si les vôtres, de mains, ont trempé dans le cambouis africain, comme celle de mon frère défunt, qui a travaillé entre le Maroc, le Soudan, l'Arabie saoudite et Singapour, dont il est revenu avec des conclusions peu angéliques, je serai le dernier à vous le reprocher, voilà...
Ecrit par : JLK | 20.08.2011
"L'humanisme est la première chose que vous prenez en pleine gueule quand vous bossez sur le continent anti-humaniste par excellence (quoique les Asiatiques...), l'Afrique."
Puisque vous en êtes à parler d'Afrique, Geo, je vous signale la mort - passée sous silence par les médias francophones - de Gualtiero Jacopetti (1919-17.8.2011), le réalisateur notamment, de "Mondo Cane" 1 et 2, mais surtout de "Africa Addio", ce documentaire maudit par les progressistes du monde entier, pour avoir montré à ceux qui avaient des yeux pour voir et de la liberté d'esprit pour ne pas refouler la prophétie, que les indépendances africaines seraient pire que la colonisation...
Peut-être lui auraient-ils pardonné, les progressistes, s'il s'était avéré qu'il s'était gouré... Résultat : vous pouvez taper Jacopetti sous Google Actualités en français, voici ce qu'on vous répond "Aucun résultat dans la ou les langues sélectionnées pour jacopetti." C'est un peu pire que le prétendu lynchage de Melgar...
Ecrit par : Scipion | 20.08.2011
Mais oui, Scipion, rajoutez vos bourdes racistes. Il a été établi que Jacopetti était un truqueur qui a fait organiser, pour de l'argent, un massacre qu'il a filmé. Ce qu'on appelle un snuff movie, mais vous aimez ça n'est-ce pas ?
Ecrit par : JLK | 21.08.2011
" Il a été établi que Jacopetti était un truqueur qui a fait organiser, pour de l'argent, un massacre qu'il a filmé. Ce qu'on appelle un snuff movie, mais vous aimez ça n'est-ce pas ?"
D'abord, on se demande pourquoi il aurait dû payer pour un massacre puisque son film en contient cent.
Ensuite, Jacopetti n'a jamais été accusé - sinon par vous - d'avoir fait organiser un massacre, mais d'avoir fait retarder une exécution d'opposants par l'Armée nationale congolaise (on est sur Internet ici, pas au Café du Commerce, où on peut raconter n'importe quelle énormité sans risque d'être sérieusement démenti).
Enfin, quoi qu'on puisse dire ou penser, quant à l'avenir de l'Afrique vu de 1966, c'est Jacopetti qui avait raison, pas Jean Daniel : « - Ma génération a eu cette candeur déconcertante de croire que l’Occident, usé et exténué par des guerres fratricides et des idéologies meurtrières, réduit à une civilisation de bien-être matériel, recevrait une illumination régénératrice de ces populations fraîchement libérées (…) On a cru à une renaissance de la morale universelle et prophétique. Le désenchantement, pour utiliser le terme du sociologue Max Weber, a été violent. C’était le désenchantement des hommes de progrès qui espéraient un salut des « peuples vierges », ou, comme disait Senghor, des « peuples souffrants ». Ces peuples pleins de promesses se sont occidentalisés dans la déchéance et la corruption ou se sont orientalisés dans le despotisme ». C'est dans "Cet étranger qui me ressemble", entretien avec Martine de Rabaudy (Gallimard, Folio, 2000).
P.S. - Vous confirmez une de mes semi-boutades, à savoir que les émissions les plus racistes de la télévision sont les téléjournaux. Il faudra que j'écrive quelque chose, un jour, sur la relation houleuse existant entre la réalité et la vérité, d'une part, l'antiracisme, d'autre part...
Ecrit par : Scipion | 21.08.2011
Cher Africain seul porteur de Vérité,
Ce que je dis à propos de Jacopetti a été maintes fois répété il y a des années, et l'essentiel est que Jacopetti se soit servi de ce massacre en le manipulant dans quelque circonstance que ce soit, comme d'une preuve de plus, etc. Du genre CNN qui fait refaire la scène tellement bouleversante, n'est-ce pas, du père palestinien et de son fils flingués par les Israéliens. Café du Commerce ? Et vous trouvez qu'Internet est moins Café du commerce ? Je ne dirai pas, comme Finkielkraut, que c'est la nouvelle poubelle mondiale, mais citer Internet comme référence de rigueur montre bien à quoi vous limitez la vôtre. Or n'y a que vous qui êtes pur dans votre marcel frappé du sigle de l'UDC, tous les autres sont des pourris-vendus, idiots utiles ou agents d'influence, à commencer par Darius Rochebin dont le prénom rappelle sa turquerie. Pourtant je vous remercie de me donner la piste de Cet étranger qui me ressemble. Je garde des films de Jacopetti le souvenir de choses laides et abjectes, mais ça fait du temps et je demande à les revoir aussi. Donc je vais lire ces entretien et me lancer aussi dans le dernier pavé de Pierre Péan. Comme si je n'avais que ça à faire ! Bah, la curiosité est vraiment une putain de qualité qui mérite qu'on monte à l'étage...
Ecrit par : JLK | 21.08.2011
Avant toute chose, il serait déjà plus correct de s’en prendre à nos honnêtes et respectables employeurs locaux sévissant dans les hôtels, les restaurants, mais aussi les bâtiments et autres villas à construire et à nettoyer, que le flou par nature du travail clandestin arrange bien. « Et qu’importe si un tombe, il en a dix derrières qui se précipitent pour prendre sa place ». Ce genre de discours s’entend sur toutes les terrasses un peu lounge-grande-gueule de l'arc lémanique, là où ces beaux petits entrepreneurs régionaux médiocres sont heureux d’afficher leur réussite, la chemise pastel tendue sur le bide, remontant le pantalon d’une main, l’autre verrouillant la BMW d’un geste nonchalant, juste le temps de laisser sortir la compagne blonde, quinquagénaire à la dentition vulgaire et au teint couleur siège orange Bugatti acquis en Corse sur le yacht à Jaquet qui les avait invités une semaine en échange d’un service rendu –un noir et deux yougos prêtés sur un chantier ni vu ni connu mais qui ont permis de finir à temps.. Viens en Suisse mon frère, si tu veux, tu peux...
Ecrit par : Roman | 21.08.2011
"Ce que je dis à propos de Jacopetti a été maintes fois répété il y a des années..."
C'est Goebbels, je crois, qui disait que répéter mille fois le même mensonge revenait à le transformer en vérité.
"Café du Commerce ? Et vous trouvez qu'Internet est moins Café du commerce ?"
Internet n'est pas du tout Café du Commerce en cela qu'il permet de vérifier les allégations des uns et des autres, avant de produire la preuve de leur fausseté ou de leur exactitude. Ce que ne peuvent pas faire les habitués du Café du Commerce. Pour moi, qui parle des potentialités et non du contenu, la différence est colossale.
"Or n'y a que vous qui êtes pur dans votre marcel frappé du sigle de l'UDC, tous les autres sont des pourris-vendus, idiots utiles ou agents d'influence..."
Je parlerais plutôt de visions du monde. Il y a d'un côté l'UDC qui oeuvre pour nous préparer à entrer dans le monde tel qu'il sera pour y survivre, et les autres qui agissent en fonction d'un monde qui ne sera jamais.
"Je garde des films de Jacopetti le souvenir de choses laides et abjectes..."
C'est le monde tel qu'il est, et sera, c'est-à-dire très différent du monde tels que les "progressistes" voudraient qu'ils soient en affectant, bien souvent, de croire qu'il est advenu.
" Donc je vais lire ces entretien et me lancer aussi dans le dernier pavé de Pierre Péan."
Péan ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, dans la "vulnérabilité" de l'Afrique, ce sont ses causes, et non ses conséquences... De la part d'un essentialiste, il ne faut pas s'attendre à une autre attitude.
"...à commencer par Darius Rochebin dont le prénom rappelle sa turquerie."
J'aurais plutôt dit sa perserie, mais la liberté d'expression étant encore à peu près garantie...
Ecrit par : Scipion | 21.08.2011
Roman@ Il existe beaucoup de salopards en Suisse, exploiteurs éhontés. A 18 ans, j'ai bossé sur un chantier de ma région et en trois jours, je ne pouvais plus bouger mes doigts relativement à ma main que de deux ou trois centimètres. J'étais entouré de Siciliens qui eux ne pouvaient s'échapper de cette condition. Et le patron de cette boîte était considéré comme un progressiste, madame cousait les rideaux des baraques de saisonniers... Cela m'a rendu communiste pendant cinq ans, mais pas communiste de salon façon Bite à deux sous ou vieux schnoque du POP. Non, communiste avec couteau entre les dents, qui a fait grenadier pour apprendre artificier. J'ai quitté ce milieu vers 1976 mais ma fiche de 10 pages noircies à 90 % a été remplie jusqu'à signaler mon arrivée ä Luanda en 89. Puisqu'on est sur le blog de JLK, et qu'il a parlé de "Biladi, une révolution", c'était du temps où le slogan "lausanne, Amman, un seul combat" ne paraissait pas ridicule entre Lausanne et Vaugondry.
Alors le qualificatif de géologue qui a tout fait bien...
Sauf qu'à la sortie, je n'ai pu m'empêcher de remarquer que la première chose que les Vietnamiens ont fait après leur écrasante victoire contre les Américains, c'est de faire la guerre contre les Chinois. Et qu'ici, la première chose qu'ont fait mes camarades, après avoir lutté durant dix ans contre la république des copains et des coquins, c'est de jouer aux copains et coquins de gauche. Et j'ai trouvé qu'un coquin/copain de gauche, c'est bien pire qu'un simple mafieux de droite, qui lui ne cherche pas à emberlificoter les masses comme le font tous les jours ici les socialistes.
Bien à vous.
Ecrit par : Géo | 21.08.2011
Ce que le journal Le Monde, organe du fascisme progressiste franco-français, écrit sous la plume de Jacques Mandelbaum, critique de cinéma notoirement crypto-fasciste en son néo-progressisme de façade, à propos du film Vol spécial, produit avéré du social-fascisme à cravate rose:
Jusqu'au samedi 13 août, jour de clôture, tout s'était idéalement déroulé au Festival du film de Locarno (Le Monde du 15 août). Et puis la foudre s'est abattue in extremis, lancée au sein même du jury, par son président, Paulo Branco, grand producteur de films transformé ce jour-là en Zeus courroucé. La scène a lieu à la fin de la conférence de presse du jury, peu après l'annonce du double prix (oecuménique et de la jeunesse) obtenu par le documentaire suisse en compétition de Fernand Melgar, Vol spécial. Le commentaire de Paulo Branco est bref : "Ce film s'accompagne d'un fascisme ordinaire trop courant dans notre société, celui-là même qu'il prétend dénoncer."
Vol spécial est le fruit d'un tournage de six mois passés dans le centre de détention de Frambois, dans la banlieue genevoise, où sont incarcérés des immigrés sans papiers dans l'attente de leur expulsion du pays. Filmé dans le style du cinéma direct, Vol spécial chronique le fonctionnement de ce lieu sans le moindre commentaire ou entretien, tantôt du côté des détenus, tantôt du côté des fonctionnaires, montrant aussi la relation entre les uns et les autres.
Cette "neutralité" est dénoncée par Branco. "C'est un film qui ne confronte jamais les bourreaux qui sont quand même ceux qui font exécuter ça et qui amènent finalement à la mort de quelqu'un. Ce que je trouve intenable", a-t-il déclaré, après la conférence de presse, à la Télévision suisse romande (TSR).
La mèche est allumée, on ne l'éteindra plus. La presse suisse, qui soutenait fortement le film, monte au créneau. Evoquant un "contresens absolu", Antoine Duplan, éditorialiste au Temps, écrit le 15 juillet : "L'anathème lancé par Branco procède d'une dialectique d'extrême gauche qu'on croyait tombée en désuétude." Le même jour, Pascal Decaillet, son confrère de La Tribune de Genève, titre : "Président du jury ou épurateur en chef ?" Dans les mêmes colonnes, Fernand Melgar est plus modéré : "Les bras m'en tombent, mais je ne veux pas rentrer dans son jeu. Après tout, chacun a le droit de s'exprimer, et nous sommes en démocratie."
Suffit-il de montrer ?
La polémique traverse enfin les Alpes, avec la publication d'un article d'Edouard Waintrop, ex-directeur du Festival de Fribourg et nouveau délégué général de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, qui prend la défense du film sur son blog, "Cinoque", hébergé par le journal Libération.
Joint par Le Monde, M. Branco n'en démord pas : "C'est un film obscène. Pourquoi ne met-il jamais les gentils fonctionnaires qu'il filme avec une telle complaisance face aux conséquences de leurs actes ? Comment peut-il filmer une réunion où se décide l'expulsion forcée de ces gens, puis se taire, et attendre cinq jours pour filmer leurs réactions ?"
Il y a là, malgré la colère, des questions passionnantes qui touchent à la conception et à l'éthique du cinéma. Et qui divisent les cinéphiles depuis l'apparition du cinéma direct, dans les années 1960. Existe-t-il une neutralité du point de vue ? Suffit-il de montrer les choses ? L'artiste peut-il se désolidariser, comme homme et comme citoyen, de ce qu'il filme ? Autant de questions qui, dès lors que le terme "fasciste" entre en jeu, se déplacent du débat d'idées à la rubrique "polémique".
Il faut revenir au film. Vol spécial s'inscrit dans le sillage de La Forteresse, que M. Melgar réalise en 2008 dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, après le durcissement de la loi suisse, l'une des plus restrictives d'Europe sur cette question. Dans Vol spécial, son absence d'intervention n'équivaut pas à une absence de point de vue. Les détenus, filmés, avec une réelle empathie, dans leur courage, leur dignité et leur détresse, n'y sont pas montrés sur le même pied que leurs geôliers, dont l'épreuve cinématographique finit par révéler que leur amabilité vise à rendre "impeccable" l'expulsion technocratique de leurs "pensionnaires".
Cet humanisme-là s'accommode parfaitement de servir une réglementation inique, dès lors qu'elle renvoie des hommes innocents à la persécution ou à la misère, qu'elle les sépare de leurs enfants ou qu'elle les assassine par des procédures d'évacuation violentes. Loin d'affaiblir le film, cette absence de stigmatisation des exécutants rend sensible aux spectateurs la banalité du mal, telle que la démocratie est aussi capable de la mandater.
Jacques Mandelbaum
Ecrit par : JLK | 21.08.2011
Bien plus intéressante et percutante, la chronique de Christine Salvadé hier dans le Matin :"je suis sortie de la salle avec un malaise qui ne tenait pas seulement au poing brandi par le réalisateur à la fin de la projection. Les scènes retenues après neuf mois de tournage montrent des fonctionnaires si démunis, à la dialectique si maladroite, à la compassion si mal placée, que j'ai pris les gardiens en pitié tout autant que les requérants déboutés. Le plus troublant, c'est que le personnel de Frambois n'a pas perçu le regard ironique porté sur lui et a chaleureusement remercié "Fernand" d'avoir si bien compris son travail quotidien."
Le malaise que l'on ressent en voyant son propre peuple se faire enculer en direct ?
Vous voyez, JLK, que je n'ai pas besoin d'aller voir ce film. L'expérience...
Ecrit par : Géo | 22.08.2011
J'oubliais : Christine Salvadé, "Les amis à Fernand", chronique des réseaux, p.28, LeMatinDimanche 21 août 2011.
Ecrit par : Géo | 22.08.2011
Vous déraillez de plus en plus, mon pauvre Géo. Melgar ne se moque absolument pas des gardiens de Frambois, pas plus que du flic vaudois venu expliquer son sort à Pitchou le Congolais, qui sera finalement libéré: il les montre dans leur état de fonctionnaires piégés, c'est tout. Pas un ricanement, pas trace d'ironie. D'ailleurs Melgar n'est pas un type qui joue avec l'ironie ou l'humour. Dans le dernier film de Lionel Baier, celui-ci se moque d'un flic. Mais Baier est un vrai Suisse, donc vous ne broncherez pas, n'est-ce pas. Tandis que l'origine de Melgar vous taraude, vous obsède pour ainsi dire. Quelle misère. Evidemment, vous percevez chez ma consoeur un soupoçon de réserve. Donc vous foncez: "bien plus intéressante et percutante." Et bien entendu, pour comble, il y a le Réseau Melgar. Boundiou ! Sûrement que Melgar est sur Face de Bouc... On ve de révélations en révélations avec Géo. Tremblez jobards, il y aplus fort que vous !
Ecrit par : JLK | 22.08.2011
Ceci dit, en ce qui concerne la moquerie, je n’oublierai jamais la condescendance du film pour la TSR sur les pique-niqueurs de Vidy, et les tribulations du jardinier responsable du Parc Bourget qui chaque matin se retrouvait avec une décharge municipale en lieu et place de la pelouse et des cèdres. TF1 ou M6 n’auraient pas mieux tourné les gens en bourrique. Là aussi, montré en avant-première à la cinémathèque en présence du jardinier et de toute l’intelligentsia lausannoise, le malaise était insupportable. A chacun de ses commentaires las devant tant de dégâts, à chacune de ses velléités de réflexions philosophiques maladroites devant les déchets laissés par cette société de consommation, la salle était pliée en deux. Les intellos riant aux larmes devant cet homme dévalorisé, qui lui, s'ouvrait devant la caméra et était sincère. Un moment particulièrement moche et écœurant.
Ecrit par : PY | 23.08.2011
Fernand Melgar répond à Paulo Branco dans Libération
CHER PAULO BRANCO
REBONDS – LIBÉRATION - 23 août 2011
Ainsi, je suis «fasciste», le film Vol spécial est «obscène» et les malheureux spectateurs sont des collabos (1). L’énormité de l’accusation, venant d’un homme qui a fui la dictature de Salazar, laisse tout d’abord éberlué. Il est vrai que selon le même Paulo Branco, président du jury international, Olivier Père, directeur du festival de Locarno, s’est déshonoré en sélectionnant ce film, Edouard Waintrop est un lâche, Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse ne sait pas de quoi il parle, etc. : tous ceux qui ne partagent pas la hargne du maître se voient disqualifiés par lui. Une arrogance hallucinante qui renvoie aux mots de Freddy Buache dénonçant en son temps «l’arrogance fasciste» de la Nouvelle Vague et de Godard en particulier. Mais le temps a passé et nous ne sommes plus dans les années 60. Cinquante ans plus tard, il y a belle lurette que le cher Freddy a changé d’époque et de manière.
Il est difficile de discuter sérieusement avec quelqu’un qui accumule à ce point, outre l’insulte, les erreurs, les approximations et les contre-vérités : «Ce documentaire témoigne de la mort d’un immigré durant un vol spécial sans que le réalisateur ne censure a posteriori les images tournées avant son décès.» (2) Une affirmation absurde : le Nigérian décédé à l’aéroport de Zurich lors de la préparation d’un vol spécial n’apparaît à aucun moment dans le film, pour la simple raison qu’il n’a jamais séjourné au centre de rétention de Frambois et que j’ignorais avant le drame jusqu’à son existence. Dans mon film, sa mort est commentée le lendemain par les détenus et le directeur. Sur plus de 3 000 spectateurs qui ont ovationné le film à Locarno, Branco semble être le seul à nager dans cette confusion totale.
Allons pourtant à l’essentiel : «Le réalisateur filme les réunions (des surveillants) et prend connaissance d’informations vitales qui ont pour conséquence la mort de plusieurs hommes» (d’où tient-il cette histoire invraisemblable de plusieurs morts ?). Le réalisateur «ne transmettra pas ces informations aux détenus pour mieux "saisir" leurs réactions, filmées dans leur plus profonde et abjecte intimité». Je suis donc complice des «bourreaux» et coresponsable de la mort d’un homme.
Il est parfaitement exact que nous assistions aux réunions de travail des surveillants, et que nous savions donc qui allait être expulsé et quand. Mais j’avais clairement expliqué aux détenus que je connaîtrais avant eux le moment de leur expulsion. Réponse unanime : «De toute façon, c’est foutu pour nous. Ce qui compte, c’est qu’on ne nous oublie pas, qu’on sache ce qui se passe.» Et ils nous ont demandé d’être là, jusqu’au bout, si possible jusqu’à l’entravement, parce qu’ils avaient peur et que nous étions les seuls témoins.
M. Branco est outré parce que j’ai fait monter sur scène le directeur de Frambois, au même titre qu’un ancien détenu, sans que ce premier ait été amené à se justifier. Après la projection du film, il y a eu une rencontre d’une heure avec le public. La première question d’un spectateur a été pour le directeur de Frambois : «Comment pouvez-vous vous regarder dans la glace le matin ?» Il a répondu : «Je fais juste le sale boulot que vous m’avez demandé de faire. Et j’essaie de le faire le mieux possible.» Le directeur faisait allusion à la Loi fédérale sur les mesures de contrainte, qui permet d’incarcérer jusqu’à dix-huit mois toute personne dès l’âge de 16 ans résidant illégalement sur le territoire suisse. Cette loi a été acceptée en votation populaire en 1994 à une majorité de 72,9% des votants.
Malgré la solidité de ce consensus national anti-immigrés, la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, faisait partie du public de Locarno. Bouleversée par le film, la première citoyenne du pays a fait une déclaration (3) le lendemain au journal télévisé pour dénoncer l’horreur des vols spéciaux. Pas mal pour un film exaltant le travail des bourreaux ordinaires ! Ajoutons tout de même, pour faire bonne mesure, qu’aucun pays européen n’a jamais ouvert les portes d’un centre de rétention à un documentariste. La Suisse a cette étonnante franchise. C’est pourquoi je peux y faire mes films. C’est un des aspects étonnants de ce pays : on peut remettre en cause les institutions et les soumettre à la critique démocratique.
Monsieur Azoury est, quant à lui, moins dans l’insulte que dans la lourde ironie : j’avoue que son bon mot sur la télé-réalité, à propos du travail en cours sur le Web, est assez dur à avaler. Le site www.volspecial.ch - un web documentaire coproduit avec les trois chaînes nationales suisses et Arte GEIE - va permettre de ne pas perdre la trace des expulsés et de suivre leurs destinées. Il permet de faire savoir par exemple que Geordry, a été arrêté à Yaoundé, incarcéré et sauvagement torturé durant cinq mois pour le seul fait d’avoir demandé l’asile en Suisse. Un requérant d’asile qui n’avait pas menti en se disant menacé de mort par les autorités de son pays, mais qui n’a pas pu présenter devant les commissions suisses les «preuves crédibles» des menaces planant sur lui. Afin de protéger tant bien que mal les expulsés, ce travail de suivi est essentiel ; difficile et onéreux, il doit absolument être poursuivi et élargi au niveau européen. Au lieu de se moquer de cette démarche indispensable et précieuse, le journaliste Philippe Azoury devrait plutôt se battre pour que le même travail soit fait en France sur le destin des 30 000 expulsés annuels de M. Guéant.
Je vis dans un pays dont les murs sont couverts d’affiches racistes et xénophobes fleurant bon les années 30, dans un pays où l’extrême droite séduit le tiers du corps électoral et où la droite, toutes tendances confondues, rafle depuis toujours entre 65% et 70% des voix. Dans un tel pays, les débats qui ont suivi la diffusion de mon précédent film la Forteresse, succès documentaire de l’année tant en salle qu’en diffusion prime-time sur la première chaîne nationale avec en bonus le meilleur taux d’écoute, ont permis de faire naître des discussions aussi passionnantes que révélatrices des peurs et des ignorances du grand public concernant «les étrangers». Des sentiments souvent extrêmes qui se ressemblent hélas d’un bout à l’autre de l’Europe.
Nous espérons bien poursuivre ce travail de discussion, de réflexion et de pédagogie politique avec Vol spécial. C’est pour moi la seule chose qui compte et c’est le sens de mon travail.
Fernand Melgar
Cinéaste, auteur de Vol Spécial
Ecrit par : JLK | 23.08.2011
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