30.09.2011
Tanner de l'écran à la Toile
La Cinémathèque accueille le réalisateur romand pour une soirée d'hommage. À retrouver désormais sur un site Internet perso.
La Cinémathèque suisse fait décidément bonne part aux cinéastes de notre pays. Après Fernand Melgar et Lionel Baier, et précédant un grand hommage à Claude Goretta, en novembre, où toute une rétrospective sera consacrée à l'auteur de L'Invitation et de La Dentelière, l'institution lausannoise accueillera, jeudi prochain, le plus célèbre de nos réalisateurs à part le franco-suisse Godard : Alain Tanner. Parallèlement à la projection d'un des ses films récents, Paul s'en va (2004), la soirée marquera l'ouverture d'un nouveau site Internet que les amis de Tanner (à savoir, notamment, le critique Serge Toubiana, le producteur Gérard Ruey et le cinéaste Jacob Berger) ont élaboré pour la défense et l'illustration de son œuvre consacrée, en 2010, par un Léopard d'honneur au Festival de Locarno.
Figure emblématique d'une génération de jeunes gens en colère, Alain Tanner (né en 1929 à Genève) a marqué son époque, au tournant de la quarantaine, avec le mémorable Charles mort ou vif, avant bien d'autres ouvrages majeurs, de La Salamandre à Dans la ville blanche. Par ailleurs, le thème de la filiation se charge aujourd'hui, dans son œuvre, d'un sens accentué par l'âge du vieux routier. « La lutte des générations, cela n'existe pas », affirme ainsi Alain Tanner au fronton de son nouveau site. Et d'ajouter : « Dans plusieurs de mes films, j'ai mis en scène le rapport des anciens et des nouveaux (...) Ce que j'ai voulu exprimer, c'était au contraire une vraie relation au travers du passage du témoin, de la transmission d'une certain savoir ». Ainsi l'auteur de Jonas qui aura vingt-cinq ans en l'an 2000 (1976) à Jonas et Lila, à demain (1999) a-t-il intégré le transit des générations dans son œuvre, comme celle-ci à suscité la reconnaissance de cinéastes plus jeunes, de Philippe Maillard (Pas comme ci, comme ça, en 2007) à Jacob Berger (Je pense à Alain Tanner, en 2010).
Le film Paul s'en va, présenté jeudi à la Cinémathèque, s'inscrit également dans le droit fil de cette préoccupation d'Alain Tanner de « passer le témoin » puisqu'il met en scène dix-sept jeunes apprentis comédiens de l'Ecole supérieure d'art dramatique de Genève confrontés à la réalité contemporaine par leur prof en partance...
Lausanne. Cinémathèque suisse, Salle Paderewski, le 6 octobre à 20h.30. Sur la toile : www.alaintanner-cinema.com
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15.09.2011
Vol spécial "boosté"

« La polémique sur Vol spécial a boosté le débat »
Le film de Fernand Melgar, injustement taxé de « fasciste », passe ce soir en avant-première au Capitole. Le réalisateur lausannois ne regrette pas le Léopard d'or...
Un mois et demi après l'agression verbale qu'il a subie, à Locarno, de la part de Paulo Branco, président du jury international du festival qui traita son film de « fasciste » au jour même du palmarès où d'aucuns voyaient le Vaudois prendre la première place, Fernand Melgar affiche la plus belle sérénité. Avant la projection de Vol spécial dans les salles suisses, dès le 21 septembre, le film sera présenté ce soir à Lausanne à l'initiative de la Cinémathèque, qui a fait le plein du Capitole en un temps record. Le réalisateur sera présent et un débat suivra la projection
- Quel bilan tirez-vous de la polémique lancée par Paulo Branco ?
- Avec le recul, je vois surtout les effets positifs et constructifs de tout le battage médiatique qu'a suscité son dérapage verbal. Je constate en effet que la controverse, relayée par les grands médias européens, avec de pleines pages dans El Pais, Die Zeit, Le Monde diplomatique et Libération, notamment, a fait plus pour le film, en élargissant le débat, qu'un Léopard d'or qui aurait passé pour une caution à la bonne conscience. Qui plus est, cette « publicité » m'a permis de trouver un distributeur pour la France !
- Avez-vous pu vous expliquer avec votre « agresseur » ?
- Non, pas au-delà de nos « échanges» dans les colonnes de Libération. Comme il restait sur ses positions, je ne voyais pas l'intérêt d'une explication face à face. Et puis, ce que j'ai appris sur la désinvolture avec laquelle il a « vu » le film, s'absentant à tout moment de la salle de projection, et l'interdiction qu'il a faite aux jurés d'entrer en matière sur Vol spécial, lors des délibérations - comme me l'a rapporté un membre du jury désirant garder l'anonymat -, m'a fait douter d'avance de sa bonne foi. Finalement, il s'est plutôt ridiculisé en campant sur ses positions.
- Quelles réactions politiques le film a-t-il déjà suscité ?
- À part celle de Micheline Calmy-Rey, qui a relevé le fait que les conditions des vols spéciaux dérogeaient parfois aux droits humains, il y a eu celle de la conseillère d'Etat genevoise Isabel Rochat qui, choquée par le film, a proposé que celui-ci soit montré à l'ensemble du Grand conseil genevois. Par ailleurs, la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga verra Vol spécial très prochainement à Bienne. Enfin, nous attendons de nombreuses personnalités du monde politique ce soir à Lausanne.
- Pouvez-vous évoquer les « suites » humaines des vols spéciaux qui ont impliqué des résidents de Frambois ?
- Après le tournage du film, nous nous sommes rendus en Afrique, notamment au Cameroun au Kosovo, et nous allons réaliser un documentaire web qui sera disponible sur notre site. Cette nouvelle pratique du « webdocu »,en plein développement sur internet, correspond tout à fait à notre intention de prolonger l'exposé des faits au-delà du film. Le premier « webdocu » parlera notamment de Geordry, le Camerounais rapatrié de force et torturé durant cinq mois du seul fait d'avoir demandé l'asile en Suisse...
- La Cinémathèque suisse vous a donné carte blanche afin de programmer quelques films traitant de l'immigration. C'est nouveau ?
- Oui, et j'en suis reconnaissant à Frédéric Maire, qui fait un remarquable travail pour la défense du cinéma suisse, en impliquant les réalisateurs. Après les « années d'ombre » surtout consacrées à la mise en ordre de l'institution et à ses archives, je vois pointer, avec de multiples ouvertures dans le programme en cours, ce qu'on peut dire des « années lumière »...
Gros plan sur l'immigration
Parallèlement à la projection de Vol spécial, la Cinémathèque propose ces jours une série de films traitant du thème de l'immigration et de ses multiples aspects historiques, politiques ou sociaux, dont le choix a été opéré en collaboration avec Fernand Melgar : neuf films en tout, longs métrages de fiction ou documentaires, qui seront parfois présentés par leurs auteurs. De l'ensemble, Melgar a retenus trois « coups de cœur » :
- Réalisé en tandem par Nicolas Vladimoff et Denis Chouinard, c'est d'abord Clandestins (1998), un film de fiction fondé sur la triste réalité des conteneurs dans lequel des immigrés illégaux sont embarqués dans des cargos, en l'occurrence de France au Canada. Les deux réalisateurs sont partis de très durs témoignages vécus. (19 septembre, à 21h.)
- Autre film très fort selon Melgar : Illégal (2010) dOlivier Masset-Depasse, qui évoque le sort de Tania, femme russe, et de son fils de 14 ans Ivan, vivant clandestinement en Belgique depuis 8 ans jusqu'au jour où Tania se fait arrêter et interner dans un camp de rétention semblable à celui de Frambois. Primé à Cannes, ce film belge date de 2010. (22 septembre à 18h.30)
- Enfin, signé par la Vaudoise Jacqueline Veuve, c'est le Journal de Rivesaltes 1941-42 (1997) qui documente les faits consignés dans le journal tenu par une infirmière alémanique dans ce camp d'internement regroupant Juifs et Tziganes, et qui fonctionne aujourd'hui comme camp de rétention pour immigrés et sans papiers. (27 septembre, à 18h.30)
Lausanne. Cinémathèque suisse. L'immigration à l'écran, du 16 septembre au 17 octobre. Programme complet disponible sur le site : http://www.cinematheque.ch
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