13.09.2010

Procès d'un système pervers

 

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Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron fait actuellement un tabac en France.  Un grand film de docu-fiction hyperréelle, d'une lumineuse clarté quant à l'exposé des faits, et plein d'humanité, traitant du cynisme des banques surendettant les plus démunis pour les plumer, mais aussi du "rêve américain" tel que nous, consommateurs de tous les pays, nous le vivons aussi. Prix du public au Festival de Paris Cinéma 2010. Le film est à voir dans les salles romandes dès ce mercredi 15 septembre.

C'est un film captivant et très singulier que Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron, auquel on assiste comme à un procès filmé à l'américaine, alors que c'est tout autre chose, joué par des acteurs formidables, dont aucun n'est comédien. Réalité ou fiction ? Réalité plus vraie d'être portée par une fiction, alors que celle-ci n'est que de forme. Acteurs plus vrais de jouer leur propre rôle, sans qu'aucun dialogue ne soit écrit. Situations toutes captées dans la vie réelle, mais qui se chargent ici d'intensité dramatique. Le « cinéma du réel » prend corps au fil d'un montage très élaboré, mais c'est un autre « corps » qui nous en reste, qu'on pourrait dire le corps des gens, disons : corps et présence de la société américaine travaillée par ses antagonismes plus ou moins violents, corps et présence d'individus de chair et de sang, dont chacun diffuse une aura sous le regard fraternel du cinéaste.

Bron19.jpgComme dans Le génie helvétique, les personnages filmés par Jean-Stéphane Bron semblent en effet tous attachants et vrais, jamais jugés d'avance en tout cas. Grâce à l'empathie du cinéaste, tous sont en effet de bons acteurs de leur propre rôle, à un point qui tient de miracle. Ainsi, au premier rang des plaignants de Cleveland, de l'admirable Barbara Anderson, ou de l'avocat Josh Cohen, diffusant la même vibrante et chaleureuse présence. Mais les rôles plus ingrats tenus par l'avocat de Wall Street, en la personne de Keith Fischer, ou par l'idéologue ultralibéral Peter Wallison, conseiller de Reagan, ne sont pas moins bien tenus, sans être rabaissés en aucune manière par le réalisateur.   

 Pour les seuls faits, Cleveland contre Wall Street documente les circonstances et les séquelles de la crise financière dite des subprimes, aux Etats-Unis, mais le film va bien plus loin dans l'approche de toute une société et de ses aspirations ou de ses fantasmes, jadis recouverts par la formule magique de « rêve américain ».

Nous avons tous entendu parler de la crise des subprimes, sans savoir exactement de quoi il s'agit (du moins était-ce mon cas avant de mieux le comprendre grâce à ce film), nous avons appris quels ravages sociaux en ont découlé aux Etats-Unis, frappant des millions de personnes expulsées de leurs maisons, mais ce n'est qu'aujourd'hui que, grâce à un film dont tous les faits et les acteurs sont réels, projetés dans la fiction d'un procès fictif, nous comprenons, la gorge serrée, de quoi il s'agit précisément.

Cela se passe dans la ville de Cleveland, en Ohio, et plus exactement dans ses quartiers les plus défavorisés, où plus de 100.000 personnes incapables de rembourser des prêts ont été expulsées de leurs maisons entre 2006 et 2008. Le désastre local a pris une telle dimension qu'en 2008, le maire de la ville, Frank Jackson, appuyé par un groupe d'avocats, a assigné en justice une vingtaine de banques et organismes de prêts hypothécaires de Wall Street (y compris le Crédit suisse), considérés comme responsables des saisies immobilières.

Comme on s'en doute, l'action en justice ne se fera vraisemblablement jamais. Cependant, Jean-Stéphane Bron a eu l'idée géniale de mettre sur pied ledit procès avec un vrai juge, de vrais avocats, de vrais plaignants et de vrais jurés. Dans le vrai palais de justice de Cleveland, mis à disposition par la ville, défilent ainsi des habitants du quartier de Slavic Village, l'un des plus touchés par la crise, mais aussi divers « acteurs » du drame, tel Keith Taylor, ce jeune broker issu du « ghetto des ghettos » et passé du trafic de drogue au démarchage de prêts, ou tel encore Michael Osinski, ce concepteur d'un logiciel de gestion catastrophé par les séquelles d'une crise à laquelle il a participé...

Bron15.jpgPour illustrer la situation dans son impact humain, Jean-Stéphane Bron n'a pas choisi la voix de la sentimentalité facile, pas plus que celle de la polémique à la Michael Moore.La première séquence est cependant très émouvante, qui voit un shérif, genre droit dans ses bottes mais les larmes aux yeux, témoigner du cas de conscience invivable qu'a représenté pour lui, un jour, l'ordre de faire vider les lieux à une vieille femme de 86 ans qui venait en outre de perdre son compagnon. De tels cas sont sans doute légion, mais Jean-Stéphane Bron a préféré, aux effets émotionnels prévisibles, l'aperçu de situations qui font intervenir, aussi, la naïveté ou la bêtise, l'appât du gain ou le simple désir de consommer autant que son voisin. On voit ainsi témoigner Frederick Kushen, brave travailleur qui, incapable de régler ses dettes d'une première maison, en a acquis une autre sur la base d'un prêt alléchant, pour se retrouver finalement dépouillé des deux objets. Alors une dame d'entre les jurés, Irene Morrow,  type de la Républicaine économe et moralisante, d'observer que ces gens qui vivent au-dessus de leurs moyens ne méritent point tant de pitié. Et d'en conclure que les banques ne sont pas plus responsables que ceux qui se sont laissé allécher. Sur quoi l'avocat de Wall Street, Keith Fischer d'affirmer que chacun, créancier ou débiteur, connaissait le risque qu'il prenait.

Or, justement, la question est posée: les banques ont-elles vraiment pris le moindre risque en prêtant à des pauvres. Evidemment non, puisque l'argent récolté en surendettant ceux-là leur a fait faire encore plus d'affaires par voie de titrisation! Et qui a-t-on renfloué après la catastrophe ! Les banques une fois encore. Ainsi l'une des plaignantes affirme-t-elle que son malheur profite encore aux requins de Wall Street qu'on gratifiera d'un Bonus complémentaire...

Un participant au procès résumera : d'un côté, quelques privilégiés et de l'autre, des masses de floués qui continuent d'être expulsés au nom de la liberté du marché...

Le film fait ces jours un tabac en France. Le public se rue dans les salles et les télévisions et journaux nationaux lui donnent un large écho.

Les protagonistes de Cleveland contre Wall Street. Un aperçu très intéressant sur le choix très représentatif des participants au procès de Cleveland. À consulter avant ou après avoir vu le film...

http://clevelandcontrewallstreet.com/protagonistes.html

15.08.2010

À Locarno, comme un hiatus...

Zapping35.jpgLe jury de la compétition internationale, présidé par le réalisateur singapourien Eric Khoo et composé de l'actrice iranienne Golshifteh Farahani,  du réalisateur suisse Lionel Baier, de l'acteur français Melvil Poupaud, et du réalisateur américain Joshua Safdie, a rendu hier son verdict. Qui pose des questions récurrentes...

- Le Léopard d'or, Grand Prix du Festival, de la Ville et de la Région de Locarno (90.000 francs suisses  à partager entre le réalisateur et le producteur) a été attribué au film Han Jia de LI Hongqi (Chine). Ce film exigeant, voire austère dans sa forme, réduite à de longs plans fixes, sans dialogues, raconte le quotidien de quatre adolescents désoeuvrés et de leur famille dans un petit village perdu du Nord de la Chine.  

- Le Prix spécial du jury revient à Morgen, de Marian Crisan (France/ Roumanie/Hongrie), le film le plus primé par les divers jurys du festival, qui évoque les tribulations de l'immigration dans les pays de l'Est

- Autre film chinois qui a enthousiasmé plusieurs membres du jury et obtenu quatre  autres  mentions : Karamay, documenaire-fleuve de Xu Xin qui constitue un tableau de la société chinoise contemporaine à travers la remémoration d'une tragédie où ont péri plus de 200 enfants.

- Le Prix de la meilleure mise en scène est attribué à Denis Côté pour le film Curling (Canada). Pour ce même film, l'acteur Emmanuel Bilodeau est récompensé pour la meilleure interprétation masculine.

- L'actrice Jasna Durici reçoit le Léopard de la meilleure interprétation féminine pour le film Beli beli Svet d' Oleg Novkovic (Serbie/Allemagne/Suède).

- À l'exception de distinctions nationales, le cinéma suisse n'a reçu aucun prix dans la compétition internationale.

zapping22.jpg- Le prix du public UBS récompense Le Directeur des ressources humaines, d' Eran Riklis  (Israël/Allemagne/France).

Autres compétitions

- Dans la seconde compétition de la section Cinéastes du présent, le Léopard d'Or revient à Paraboles, cinquième partie d'une série documentaire de la Française Emmanuelle Demoris.

- Un Léopard de la première œuvre a été décerné à Foreign Parts, de Verena Paravel et JP Sniadecki (Etats-Unis/France), avec une mention spéciale  à Aardvark  de Kitao Sakurai (États-Unis /Argentine).

- Dans la compétition des Léopards de demain, réservée aux courts métrages, le Léopard d'or a été attirbué  à  History of mutual respect de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt (Portugal), alors que le léopard d'or pour le meilleur court métrage suisse revient à Kwa Heri Mandima(Good Bye Mandima) de Robert-Jan Lacombe. En outre le Prix Action Light pour le meilleur espoir suisse revient à Angela de David Maye. Deux étudiants de l'Ecal lausannoise sont ainsi récompensés.

 - A relever également que le Prix du jury Cinema et Gioventù a récompensé Yuri Lennon's Landing on Alpha 46 d' Anthony Vouardoux, tandis que le premier Prix du Jury des jeunes couronne Karamay de XU XIN.

- Le  Variety Piazza Grande Award, distingué pour ses qualités d'originalité et son potentiel d'exploitation en salle, attribué par un jury de critiques, revient  à  Rares exports: a Christmas Tale,  de Jalmari Helander (Finlande/Norvège/France/Suède).

- Le prix de la Fédération Internationale de la presse cinématographique confirme le choix du jury international en distinguant Han Jia de LI Hongqi, avec une mention spéciale à Karamay de XU Xin, Chine.

 - Enfin, le Prix du Jury œcuménique est décerné à Morgen, avec des mentions spéciales à Han Jia et Karamay, alors que le Prix de la Fédération internationale des ciné-clubs récompense également Morgen, avec des mentions spéciales à Han Jian et Karamay.

 Comme un hiatus...

Le prix du grand écart ne devrait-il pas être attribué au Festival du film de Locarno ? C'est la question qu'on pourrait se poser après l'avoir vécu et partagé, avec un public attentif et fervent, de belles et parfois grandes émotions,  puis en découvrant le palmarès de la compétition réservé, une fois de plus, à des œuvres austèrement élitistes qui  ne seront probablement jamais vues en salles par le grand public. Ainsi de deux derniers léopards d'or, consacrant des films chinois comme cette année, et qui sont restés, comme ce sera le destin de Han Jia, des films de festivals récoltant des lauriers d'un festival l'autre. A contrario, et selon toute probabilité, un premier film comme La Petite chambre, qui n'est certes pas un grand ouvrage de cinéma mais n'en module pas moins une très forte émotion, devrait faire une carrière publique plus heureuse, préfigurée par l'accueil enthousiaste des salles de Locarno. Autre exemple:  on relève une fois de plus que le Prix du public UBS consacre, avec Le Directeur des ressources humaines d'Eran Riklis,  un film qui, loin de donner dans la facilité, a toute les chances de faire une carrière publique.  

Festival schizophrène, alors, que Locarno, de plus en plus populaire en apparence, et cherchant visiblement cette popularité, tout en laissant le dernier mot de ses compétitions à des spécialistes crispés sur leurs codes d'excellence ? La question frise déjà la polémique, mais ne remarque-t-on pas, entre la critique cinématographique de pointe et le public, un hiatus nettement plus accusé qu'entre la critique littéraire et les lecteurs ? Et les jurés de festivals de cinéma ne constituent-ils pas une « élite » particulière peu en phase avec un public même averti ?    

D'un autre point de vue, qui recoupe sans doute ceux de Frédéric Maire, hier, et d'Olivier Père aujourd'hui, on pourrait dire aussi que le Festival du film de Locarno réalise, plutôt qu'un grand écart, un équilibre louable entre la défense du cinéma d'auteurs et l'illustration de toutes les tendances actuelles, jusqu'aux réalisations « de genre » les plus prisées de ce qu'on appelle le grand public.

Une chose frappe au Festival de Locarno, qui se déroule en période de vacances, le plus souvent par grand soleil: c'est la ferveur et la qualité d'écoute du public remplissant les salles obscures au lieu de se prélasser au Lido ou dans les vasques fraîches de la Maggia. Or, le prix du public UBS, réservé aux seuls films projetés sur la Piazza Grande, est-il représentatif du talent de ce public ? Sûrement pas !

D'où la question que nous pourrions poser à Olivier Père et Marco Solari : pourquoi ne pas instituer un véritable Prix du public du Festival de Locarno, approprié aux  diverses sections, et qui pourrait mieux refléter certaines passions partagées et moduler les jugements des divers jurys ?

14.08.2010

L’avenir du cinéma en Suisse

 

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Au-delà des polémiques, des nostalgies et du chauvinisme, le jeune cinéma repique. Avec une Petite chambre plébiscitée par le public et une relève prometteuse. Olivier Père, regard extérieur, compte sur l’émulation internationale de Locarno

 

La première programmation du Français Olivier Père, ancien patron de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes et nouveau directeur artistique de Locarno, est marquée par une présence suisse remarquable, toutes générations confondues. Dans le sillage de Frédéric Maire, la transition est appréciée.

 - Dans quel état le cinéma suisse vous paraît-il aujourd’hui ?

- La Journée suisse a été supprimée par SwissFilms. Nous étions plusieurs à convenir que c’était une bonne idée. SwissFilms était mécontent du résultat. Un peu étrange de faire une journée suisse dans un festival suisse. J’ai plutôt envie que la journée du cinéma suisse ce soit tous les jours. L’idée c’est qu’il y ait des films suisses dans toutes les sections. J’ai suivi le cinéma suisse en tant que directeur de la Quinzaine,mais je ne connaissais pas le cinéma suisse en profondeur. Donc cette année, un de mes principaux objectifs   a été de m’intéresser personnellement. J’ai donc vou toutes la prodzction prête pour Locarno. Ces cinq dernières années ont coïncidé avec l’apparition d’une nouvelle génération de réalisateurs suisses de talent, sur les épaules desquels repose l’avenir. C’est une certaine responsabilité. Ils sont intelligents et se constituent en groupes, et je suis curieux de voir ce que ça va donner. La donne de cette année, en tout cas, me plaît beaucoup, notamment en cela qu’elle va à l’encontre d’un certain cliché du cinéma suisse, qui voudrait que les Suisses soient fort sur le documentaire mais pas sur la fiction. Les deux films en compétition prouvent le contraire, tout à fait à la hauteur du cinéma d’auteurs mondial.

- Le mélange du documentaire et de la fiction, fréquent dans ce cinéma, est-il un phénomène particulier ?

- Je pense que cette frontière entre réalité et fiction, dans le cinéma d’auteurs, avec cette dimension du journal intime, est assez générale en Europe et dans le monde. 

- Richard Dindo constate que la volonté de faire une œuvre suivie semble faire défaut à la nouvelle génération. Qu’en pensez-vous ?

- Il y a des auteurs qui font des œuvres, mais la gestation est beaucoup plus longue et laborieuse que naguère. On a passé l’époque où un cinéaste pouvait faire un film par an. C’est surtout une question économique. Il y a beaucoup de cinéastes qui tournent beaucoup moins vite qu’ils ne le voudraient. Le cinéaste philippin Raya Martin est l’exemple contraire, à vingt-cinq ans, avec une œuvre cohérente d’une dizaine de films déjà. De la même façon, on voit un Lionel Baier plus soucieux de vitesse et de liberté que de financement, avec un début d’œuvre, en marge d’un système institutionnel de plus en plus lourd et lent, voire castrateur.

- Jean-Luc Bideau a lancé l’idée d’une école de cinéma de type Haute Ecole. Qu’en pensez-vous ?

- Je ne vais pas cracher contre les écoles de cinéma même si l’on sait que ce n’est pas là que le talent ou le génie s’apprenent. Les écoles de cinéma sont très critiquées. Il en faudrait aujourd’hui qui soient moins théoriques et mieux adaptées à la réalité de ce qui se passe aujourd’hui. C’est très beau d’apprendre ce que c’est que la mise en scène, mais beau coup de jeunes cinéastes sortent des écoles désarmés par rapport  au parcours du combattant qui consiste à trouver un producteur, un agent, un scénariste, etc. S’il y a une école de cinéma aujourd’hui, c’est plutôt pour aider les gens à trouver des idées et des débouchés.

- Quel rôle Locarno peut-il jouer par rapport au cinéma suisse ?

- Le rôle de Locarno est d’offrir la plus belle vitrine possible. C’est le lieu où le cinéma suisse peut être non seulement montré mais confronté avec le cinéma international. C’est aussi la dimension politique de Locarno. C’est devenu en outre une tribune politique et artistique, pas seulement pour lancer des polémiques mais pour se retrouver et faire le point, comme cela se fait aussi à Soleure.

- Comment envisagez-vous les rapports entre l’Etat et les créateurs ?

- Je pense que l’Etat doit aider le cinéma, sans donner de pistes sur ce qu’il attend d’eux. Ce qu’il faut, c’est inciter les cinéastes à s’exprimer le mieux possible, et leur en donner les moyens. Je pense qu’il faut qu’il y ait un cinéma commercial fort, pour qu’il y ait un cinéma d’auteurs fort, même si le système des vases communicants ne fonctionne pas toujours. Le cinéma suisse doit à la fois cultiver sa personnalité. Si on se réfère au cinéma suisse des années 60-70, il y a une forme d’insolence, de liberté et de légèreté, présente dans les films de Tanner, notamment, qu’on retrouve par exemple chez Lionel Baier. Il faut qu’il assume précisément ce qu’on lui reproche, à tort selon moi. Il faut que le cinéma suisse assume son identité, par des auteurs. Pour faire un cinéma commercial qui fonctionne, il faut des gens qui savent faire ça...

- N’y a-t-il pas, dans le cinéma suisse, un problème de carence du point de vue du scénario et du dialogue ?

- Il y a, plus généralement, un problème lié à un cinéma purement visuel, où le dialogue est sacrifié aux effets esthétisants ou au faux naturel, alors que la parole est partie intégrante du cinéma. Pour ma part, j’aime le cinéma parlé, Lubitsch, mais aussi Eustacheou  Rohmer. Cette mouvance du cinéma n’est pas celle qui est la plus suivie. Aujourd’hui, un cinéaste comme Antonioni est plus suivi qu’un Rohmer. Le film américain Cold Weather, que nous présentons à Locarno en compétition, est un bon exemple d’un cinéma où le mot d’esprit retrouve son droit. Cela étant, je n’ai pas constaté de carence de scénario dans les films suisses tout récents, qui retrouvent un certain classicisme de narration...