10.08.2011

Depardieu dans l'amitié de Pialat

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Le comédien a trouvé, sur la Piazza Grande, un écran à sa mesure de géant. Avant la première de Romance, nouveau film d'animation de Georges Schwizgebel, et Bachir Lazhar, film d'émotion et d'empathie du Québecois Philippe Falardeau.

Une montagne : telle est l'impression qu'aura fait l'apparition, lundi soir, de Gérard Depardieu sur l'immense écran du Festival de Locarno. Une montagne au sourire d'enfant et aux paluches faites pour étreindre le monde, avec cette irrésistile chaleur humaine que dégage celui qu'Olivier Père qualifie de «plus grand acteur français vivant», ovationné par les milliers de spectateurs présents.

Après les soirées tonitruantes de cris et de coups de feu des « blockbusters » américains, celle de lundi, avec le beau temps revenu, a parfaitement illustré ce que Gérard Depardieu venait célébrer: l'amitié et l'amour.

C'est en effet sous l'égide de l'amour du cinéma, et par amitié pour Maurice Pialat, que le comédien a accepté l'invitation du festival. Lequel consacre un hommage au cinéaste français disparu avec quatre films marquants, à commencer par Loulou (1980). Rappelons alors que cette première collaboration fut explosive et que Depardieu ne revit jamais le film... jusqu'en 1984, à la TV, après quoi Daniel Toscan du Plantier ménagea une réconciliation débouchant sur une grande amitié. De celle-ci découla Police (1985), repris à Locarno, comme Le Garçu (1995) et Sous le soleil de Satan, dont une séquence projetée a réuni sur l'écran les deux amis en soutanes...

Depardieu4.jpegPrésente elle aussi sur scène, la veuve du cinéaste, Sylvie Pialat a comparé la complicité liant Pialat et Depardieu à celle de «deux gamins de quatre ans» ne pensant qu'à jouer ! Dans la foulée et pour couronner ces retrouvailles, Isabelle Huppert, non annoncée, a bondi à son tour sur scène et témoigné de son affection admirative à l'endroit du cinéaste disparu en 2003. En outre, c'est avec les festivaliers que Gérard Depardieu, hier en fin de matinée, a redéployé ses souvenirs alternant avec des envolées sur l'amour, moins compliqué au cinéma que dans la vie...

Locarno1126.jpgOr l'amitié et l'amour étaient aussi au rendez-vous lundi soir avec  la première mondiale de Bachir Lazhar, film de grande émotion du Québeois Philipe Falardeau, très applaudi pour ses qualités humaines. Double thème délicat : le suicide et l'intégration. Ou comment une classe d'enfants, traumatisés par la pendaison de leur instite, partage sa détresse avec celle de  l'enseignant remplaçant, réfugié politique algérien en quête d'intégration.

Enfin, pour compléter ce menu déjà copieux, le magicien de l'animation suisse, Gérard Schwizgebel, a présenté le même soir son dernier « court » virtuose sur un thème de Rachmaninov, joué par sa propre fille. Sous le titre de Romance, encore une histoire d'amour...

 

08.08.2011

Le road-movie de Lionel Baier

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Lionel Baier emmène les gens d’Aubonne à Toulouse via la lune, où il retrouve Basil Da Cunha…

 

Sous le label d’Appellations Suisse, deux  poèmes de cinéma, signés Basil da Cunha et Lionel Baier, ont été applaudis hier matin par un public venu en nombre à la grande salle de la FEVI, tandis que le soleil repiquait sur Locarno.

Locarno1164.jpegDéjà remarqué l’an dernier pour un remarquable court métrage intitulé À côté, évoquant la solitude exacerbée par le désir d’un travailleur étranger à Genève, Basil da Cunha, jeune réalisateur genevois (né en 1985) d’origine portugaise, revient cette année avec un film d’une qualité expressive éclatante. Tourné avec des moyens de fortune dans un bidonville de Lisbonne, Nuvem, le poisson-lune module les espérances naïves d’un exclu qui rêve de conquérir le cœur d’une belle dédaigneuse en pêchant un poisson-lune. Magie d’un climat doux et sauvage, forte empathie humaine modulée en cadrages serrés, maîtrise de la construction et du rythme constituent un vrai bijou.

Baier.jpgDans la même foulée généreuse, avec la même lucidité vive et tendre, Lionel Baier poursuit son œuvre dans un road-movie combinant son expérience largement confirmée et la passion collective de la troupe d’amateurs vaudois de La Dentcreuze.

Après le passionnant «journal » filmé au téléphone portable de Low Cost, vu l’an dernier à Locarno, Toulouse combine avec bonheur la fugue de Cécile (Julie Perazzini, seule comédienne de l’équipe, d’une présence intense et lumineuse) et de Marion, sa petite fille de 10 ans (Alexandra Angiolini, également épatante de vivacité blessée), loin d’un père (Julien Baumgartner) à la passion narcissique dangereuse.

L’échappée belle, à bord de la vieille Ford Solange rebaptisée Ariane, comme la fusée, traverse nos campagnes bonnement magnifiées par le cinéaste et son cameraman (Bastien Bösiger, formé à l’ECAL) du matin à la nuit d’un 1er août pas comme les autres. Revisitant ses thèmes personnels liés aux  multiples aspects de la relation amoureuse ou familiale, Lionel Baier se réapproprie une fois de plus nos paysages en les dégageant de tous les clichés. Un humour à la Michel Soutter alterne avec des « citations » littéraires (le Gracq d’Un balcon en forêt) et autres  greffes de pubs à la Godard, mais dans une « musique » qui n’est que de Baier, chroniqueur fluide et savant recousant les paperoles du temps à sa façon.

La dernière séquence du film vaut son pesant de malice, quand la petite Marion, à l’arrivée à Toulouse, fait remarquer à Cécile que l’idée est rigolote, de donner à une ville le nom d’une chanson.

À relever, enfin, que ce «film d’été», selon l'expression modeste de Lionel Baier, associe les amateurs de la Dentcreuze avec la même générosité que montre le cinéaste vaudois dans son hommage récent à Claude Goretta, à découvrir aussi à Locarno…

Nuvem et Toulouse sont repris au Rialto 1, le 9 août à 21h.30 ; Bon vent Claude Goretta, le 12 août au Palavideo, à 16h.

07.08.2011

Harrison Ford au naturel

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La foule des grandes nuits de la Piazza Grande était présente samedi soir à la projection de Cow-Boys & Aliens, avec Daniel Craig et Harrison Ford. Rencontre.

Olivier Père a fait très fort en programmant samedi soir, sur la Piazza Grande, le blockbuster de Jon Favreau en première européenne. Preuve en a été la véritable ruée du public sur la Piazza et dans la mégasalle de la FEVI. Autour du réalisateur, deux superstars du cinéma américain, Daniel Craig (devenu célèbre avec James Bond, et campant Rackham le rouge dans Le Secret de la licorne de Spielberg) et Harrison Ford (Indiana Jones portant ici un chapeau relooké Far-West) ont fait le déplacement de Locarno avec la belle Olivia Wilde, figure féminine irradiante de Cow-Boys & Aliens.

Combinant les motifs du western classique, aujourd'hui boudé par le jeune public américain, et les stéréotypes de la science fiction, le film se déploie dans un décor magnifique où les bons et les méchants de la tradition se liguent contre l'ennemi extérieur qui vient pomper « leur » or et semer la terreur par le truchement d'énormes crapauds griffus et dentus...

Un homme réservé et attentif

Cornaqués comme dans un safari jusqu'au palace dominant Lugano où les stars ont été accueillies, les journalistes ont eu droit à quatre entretiens d'une vingtaine de minutes, moyennant un code vestimentaire strict : pantalons longs souhaités...

Harrison Ford, charpentier avant d'être acteur, aime le travail. Le mot « work », « good work » revient souvent dans son discours mesuré, presque « taiseux », sans trace de frime. Autant l'acteur crève l'écran, autant l'homme est réservé et patient dans ses réponses : non, il ne connaît pas bien la Suisse à part ses montres ; oui, il est flatté de recevoir un Léopard d'or pour son travail ; non, il ne joue pas au golf et n'est pas venu à Locarno en avion ; oui, il se rendait en hélico à Santa Fé sur le lieu de tournage de Cow-Boys & Aliens ; non, il n'a pas essayé de se la jouer John Wayne ; oui, il a aimé travailler dans les grands espaces du Nouveau-Mexique et vivre avec des chevaux ; non, il ne pense pas que le parrainage de Steven Spielberg suffise à assurer le succès d'un film ; oui, il apprécie Cow-Boys & Aliens parce que Jon Favreau y a beaucoup et bien travaillé. Or le travail d'acteur, comme le travail manuel auquel il consacre une partie de ses loisirs, ou le travail de défenseur impénitent de l'environnement, lui plaisent également. Le travail, l'expérience : deux mots clefs dans la conversation de Harrison Ford...

-        Qu'est-ce qui vous a séduit dans le projet de ce film ?

-        Le script était si différent des films que j'ai tournés jusque-là que ça m'a intéressé, et d'autant plus que je n'ai jamais joué dans un western. J'ai tourné dans certains films touchant à la science fiction, mais le mélange des deux genres me semblait apte à réunir des publics divers. En outre, le personnage que je devais incarner m'a intéressé par sa complexité et son évolution au fil de l'histoire.

-        En quoi, plus précisément ?

-        Parce que c'est un type auquel il est difficile a priori de s'attacher. Mais il va faire un certain nombre d'expériences qui vont le changer. Cela l'amène ainsi à devenir un meilleur père quand il retrouve son fils finalement arraché aux Aliens.

-        Pouvez-vous en dire plus sur sa relation avec son fils et ses deux jeunes émules, l'Indien et le gosse ?

-        Pour le Colonel Woodrow Dolarhyde,  l'homme le plus riche de la ville, son fils est un boulet. Son commerce de bovins emploie beaucoup de monde. On apprend au fil de l'histoire qu'il a eu une carrière militaire et qu'il a été engagé dans les batailles les plus meurtrières de la guerre civile, où il a perdu beaucoup d'hommes. Il est amer et cruel. Visiblement, il n'y a pas de Madame Dolarhyde, sinon elle aurait fui depuis longtemps. Son fils, veule et violent, est l'illustration de cette absence et de son propre manquement. Pourtant il est aussi le mentor du jeune Indien, auquel il a sauvé la vie, et ce qu'il vit enfin avec le petit garçon montre son désir de se racheter. Dont  témoigne son sourire final...