07.08.2011
Dans la foulée du léopard d'or

Après le succès de La Forteresse, Prix du cinéma suisse en 2009, le nouveau film de Fernand Melgar, consacré à la réclusion administrative des sans-papiers en Suisse et aux conditions révoltantes dans lesquelles se passent leurs renvois, a été ovationné samedi à la FEVI. Pour ce que nous avons pu en juger jusque-là, le film semble en bonne position dans la compétition internationale.
En dépit de leurs qualités respectives, les films en concours que nous avons déjà vus ne semblent pas promis à un léopard d'or. Ainsi Beirout Hotel de Danielle Arbid, évoquant la relation amoureuse d'une chanteuse (Darine Hamzé) attendant le prince charmant (Charles Bering) « sur un volcan», séduit par son climat opposant érotisme et menace latente, mais accuse des faiblesses dans sa dramaturgie et son dialogue. Plus abouti et émouvant, en tout cas dans son premier tiers, Un amour de jeunesse de Mia Hansen Love, excelle à peindre un bonheur juvénile plombé par la séparation, mais se défaufile un peu dans le développement du film, qui garde du moins une belle fraîcheur.
D'un grand intérêt par son thème - un groupe de jeunes révoltés israéliens militant contre la pauvreté, qui basculent dans le terrorisme et sont liquidés par une unité de police ordinairement spécialisée dans la lutte contre les Arabes - Hashoter (Le policier) de l'Israélien Nadav Lapid, laisse aussi perplexe du fait de ses faiblesse de scénario et du manque de crédibilité de ses dialogues.
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05.08.2011
Le bad boy inspiré
Figure « phare » du cinéma américain indépendant, le réalisateur déjanté de L'Ange de la vengeance et de Mary est récompensé à Locarno par un Léopard d'honneur. Entretien .
Comment dire la violence du monde actuel ? Comment la rédemption s'y manifeste-t-elle ? Et quel rôle l'artiste peut-il jouer dans une société en perte de valeurs, fuyant dans le cynisme ou les faux-semblants ?
Telles sont les questions, entre autres que pose l'œuvre radicale, voire provocatrice, d'Abel Ferrara, qu'on peut situer dans la filiation d'un Sam Fuller, d'un John Cassavetes ou d'un Pasolini. Révélé en 1981 avec L'Ange de la vengeance, un film aussitôt marqué par les forces en lutte de l'amour et de la violence, Abel Ferrara développa ensuite une œuvre renouvelant la mythologie du film noir, dans The King of New York (1990) et Bad Lieutenant (1991), au fil d'une vision traversée par une quête du sacré à caractère religieux, comme dans Mary (2005). Ces quatre films seront d'ailleurs projetés à Locarno, où Abel Ferrara vient recevoir un Léopard d'honneur pour l'ensemble de son œuvre.
Nous l'avons rencontré dans la cour du couvent locarnais de La Magistrale, il a filé vers un bar voisin où il s'est commandé un « macchiato » et une glace à une boule. Nous n'avons bu que de l'eau après qu'il eut modulé un air de blues sur son harmonica...
- - Une polémique locale vous présente ces jours, à Locarno, comme un démon provocateur recourant à la violence et au blasphème. Comment le prenez-vous?
- - Qui m'accuse? Et quels sont les arguments de cet accusateur?
- - Il s'agit d'un éditeur tessinois, Armando Dadò, qui avait déjà attaqué l'an dernier les choix d'Olivier Père, et qui vous trouve indigne d'un Léopard d'or...
- - Diable! Mais lequel de mes films juge-t-il ? A-ti-il vu Mary?
- - Il semble qu'il n'ait vu aucun de vos films. Il juge par ouï-dire. C'est d'ailleurs ce que lui reproche le journal La Regione, relançant la polémique. Or cela vous arrive-t-il d'être jugé comme ça aux Etats-Unis, par des moralistes qui n'ont pas vu vos films?
- - Je n'en sais rien et je m'en fous. Je fais des films, et je ne peux pas mes soucier de ce qu'en pensent les gens. De plus, donner son avis sans connaissance de cause est la négation même de la pensée et de la conversation. Si ce Monsieur Dadò est un catholique, comme vous me le dites, il faut qu'il voie Mary. Ensuite nous en reparlerons...
- - Pensez-vous qu'on puisse lutter contre la violence par la violence? Et comment?
- - La violence, vous savez, est absolument omniprésente dans notre monde, et souvent où on ne l'attend pas ou ne la voit pas. Une polémique sans objet, à ce propos, est une violence. Certains discours contre la violence sont encore des violences, souvent inconscientes. En outre il y a une violence bonne, meilleure que la fausse entente. Et puis, dénoncer la violence n'est rien: ce qui m'intéresse est de faire sentir d'où elle vient et où elle va, à travers notre corps et notre esprit, nos pulsions et les forces contraires de la société...
- - Quel public touchez-vous aux States?
- - Il est évidemment restreint et particulier. Je suis quelqu'un, vous le savez bien, de borderline, et il est avéré que mes films ne sont appréciés que d'une minorité qui ne se laisse pas embarquer dans les grandes machines tournant à vide. Mais je ne m'en flatte pas pour autant...
- - Est-il difficile, pour un réalisateur de votre espèce, de trouver un producteur?
- - C'est difficile, mais ce n'est pas le principal. Je vois que, pour beaucoup de jeunes réalisateurs, c'est en effet de plus en plus difficile, et pourtant les films se font, vaille que vaille, et c'est ça qui compte.
- - Quels jeunes réalisateurs américains vous intéressent-ils?
- - Il y en a, il y en a pas mal. Je ne vais pas vous citer de noms, mais il ya des gens intéressants dans la nouvelle génération. Je ne vais pas beaucoup au cinéma, mais je crois que les jeunes ne sont pas pires que nous et que ça va continuer comme ça.
- - Êtes-vous un lecteur?
- - Yes, sir. Mais pas pendant que je prépare un film. Là, je me concentre sur la chose. Cependant je lis des tas de livres et je me sens proche, en particulier, de gens comme T.C. Boyle ou Cormac Mc Carthy, qui me semblent des types sérieux.
- - Que représente pour vous la reconnaissance du Festival de Locarno? Et la tournée des festivals, en général, vous importe-t-elle?
- - Tout ça fait partie du job consistant à faire des films. C'est un peu fatiguant de venir de New York à Locarno et ensuite de revenir et de repartir à Venise. Aussi, parler de soi et pas du détail des films est souvent ennuyeux, mais je le fais, vous voyez. Vous reprenez encore un peu d'eau?
Les point forts du week-end. Cow-boys et sans-papiers
À Locarno, le cinéma ex-Rex où se déroule la rétrospective consacrée à Vincente Minelli se remplit de jour en jour, comme l'an dernier ce fut le cas pour Lubitsch. Leslie Caron est apparue jeudi soir sur la Piazza Grande, évoquant son parcours légendaire en français, et le public se réjouit de la retrouver dans Un Américain à Paris, projeté le 12 août sur la Piazza Grande. Avec Harrison Ford, Gérard Depardieu et Isabelle Huppert, entre autres, la présence de la diva hollywoodienne aura marqué cette édition d'un « plus » glamoureux...
Demain soir, l'événement attendu donne dans le cinéma de « genr e» prisé par Olivier Père, avec Cow-boys & Aliens de Jon favreau, sur la Piazza, après la première de Vol spécial de Fernand Melgar à la Fevi, en compétition internationale.
20:04 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, festival de locarno
Inferno sfumato

Avec Hell sur la Piazza Grande, le Suisse Tim Fehlbaum a fait figure de révélation.
C'est une première belle surprise à valeur de découverte, qui a marqué cette 64e édition avec la projection, jeudi soir sur la Piazza Grande, du premier long métrage du jeune réalisateur suisse Tim Fehlbaum, déjà gratifié du Prix du meilleur réalisateur au dernier Festival de Munich.
Dans le genre largement représenté aujourd'hui des films d'après le déluge nucléaire, les clichés redondants font souvent florès. Fuite dans les décombres de quelques âmes pures, lutte pour la survie, menace latente de bandes sauvages ou même cannibales : c'était aussi le canevas du magnifique roman de Cormac McCarthy intitulé La Route, dont un film a été tiré par Johm Hillcoat.
Or le premier « long » de Tim Fehlbaum réinvestit le thème post-apocalyptique avec la même force poétique et la même quête de rédemption, jusqu'à la scène finale du salut matérialisé par l'eau de source, qui pourrait illustrer la fable de McCarthy.
Interrogé à ce sujet, le jeune réalisateur nous a expliqué qu'il préparait son film avec son co-scénariste Thomas Wöbke lorsqu'ils ont découvert le roman, dont la substance leur apparut heureusement différente de leur projet.
Avec la fuite éperdue de trois jeunes gens (Marie, sa sœur Leonie et Philip) à travers un univers calciné - le film a été tournée dans les forêts de Corse incendiées en 2009 -, l'affrontement terrifiant des fugitifs et d'une espèce de secte tribale dominée par une vieille femme (Angela Winkler, magistrale), et l'échappée finale ramenant un peu d'espoir dans cet univers, Hell pose autant la question de la régression humaine que celle du dépassement de notre condition.
« Nous avons travaillé le sujet avec beaucoup de soin », remarque Tim Fehlbaum en évoquant ses nombreuses lectures, dont Sa Majesté des mouches de William Golding. « C'est certes un film de genre », renchérit le scénariste Thomas Wöbke, mais nous nous sommes efforcés d'éviter les stéréotypes autant que les effets spéciaux trop spectaculaires
Si le soleil, source de vie, devient ici puissance dévastatrice, l'élément lumineux est fondamental dans Hell, véritable poème visuel (on pense au sfumato des images filtrées d'un Sokourov) qui doit beaucoup, aussi, au chef opérateur Markus Förderer, dont c'est également le premier long métrage.
Enfin l'on relèvera la qualité de présence des interprètes, à commencer par Hannah Herzsprung et Lisa Vicari, les jeunes sœurs en fuite, qui donnent son frémissement humain à cette évocation saisissante de notre avenir... tout proche puisque « cela » se passe en 2016 !
Hell sortira dans les salles en septembre prochain.
00:22 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, festival, locarno


