06.08.2010

Femmes en lice

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Véritable phénomène : les réalisatrices suisses s’affirment en nombre. Et en qualité. Un nom à retenir: Katalin Gödrös, qui signe Songs of Love and Hate, en compétition internationale.

Jacqueline Veuve, pionnière romande du docu et chaperon de quelques jeunes réalisateurs romands, dont un Lionel Baier, est cette année de  retour à Locarno avec un nouvel opus. Or l’octogénaire aux soixante films est moins seule aujourd’hui, au premier rang des réalisatrices helvétiques, comme l’illustre généreusement la programmation d’Olivier Père.
Trois d’entre elles participent ainsi à la compétition internationale, avec des Films d’une égale tenue. À savoir : Stéphanie Chuat et Véronique Reymond pour La Petite chambre, avec Michel Bouquet; et la Zurichoise d’origine hongroise Katalin Gödrös, dont le festivaliers ont découvert hier le « quartet » familial intense et révélateur de Songs of Love and Hate, plongée hypersensible dans les rapports entre une adolescente et son père.

Rien pourtant d’« un film de plus sur l’inceste », mais la modulation d’un nouveau type de relations entre les membres d’une même famille, vivant une forme d’intimité accrue, parfois ambiguë, au fil de liens moins hiérarchisés que naguère.

«La famille que je décris n’a rien de malade, précise la réalisatrice, et je ne voulais pas traiter du fait pathologique de l’inceste. Ce qui m’intéresse, c’est la situation qui découle de la maturité précoce des adolescents actuels, et plus précisément des adolescentes, qui vivent la sexualité plus naturellement, avec une force singulière, et des attitudes qui peuvent toucher à la provocation».

Dans la foulée, on notera que le regard de Katalin Gödrös recoupe, par le biais de la fiction, l’aperçu documentaire de Béatrice Bakhti dans sa formidable série de Romans d’ados, présentée aussi à Locarno.

En outre, la réalisatrice se défend d’avoir voulu illustrer une situation «typiquement suisse», en quoi elle rejoint d’ailleurs les cinéastes hommes et femmes de sa génération. « Les relations que nous évoquons, notamment entre la fille et le père, sont d’aujourd’hui et de partout, mais également de tout temps : c’est un phénomène universel, depuis la Grèce antique». À cet égard, un personnage d’handicapé intervient dans le drame, qu’on pourrait associer, précise Katalin Gödrös, à l’antique Cassandre.

         Plus prosaïquement, l’on relèvera l’intensité affective du film et son ancrage social (ici dans un village au pied des Alpes, où le père est vigneron), maiis aussi sa qualité d'écriture et de dialogues (signés par la réalisatrice) qui en fontt une œuvre potentiellement accessible au grand public, comme Das Fräulein d’Andrea Staka ou Home d’Ursula Meier, également présentes à Locarno avec deux courts métrages.
Or ajoutant, à ce brillant générique féminin du nouveau cinéma suisse, les noms de Séverine Cornamusaz, dont le Cœur animal est aussi au programme de la section Apellations Suisse, et de Bettina Oberli, qui a « cartonné » en 2006 avec Les mamies ne font pas dans la dentelle (Die
Herbstzeitlosen
) et revient en force avec le thriller La ferme du crime (Tannöd), force est de conclure à une avancée significative, combien réjouissante.