21.08.2011
Back zapping 2011

33 films vus au Festival de Locarno à se repasser les yeux fermés. Avec la possibilité, dès cette semaine, de retrouver la rétrospective Minelli à la Cinémathèque suisse.
Amarcord, de Federico Fellini. Italie, 1973. Piazza Grande. Dans la foulée du bel hommage de la Cinémathèque suisse au Maestro, programmer ce chef-d'œuvre de poésie et de faconde malicieuse à l'italienne, en préambule à l'édition 2011 du Festival de Locarno, ravit d'autant plus que la projection sur la Piazza était ouverte à tous par entrée gratuite. Rien de gratuit évidemment dans cette merveilleuse chronique des années d'enfance et de jeunesse de Federico Fellini, qui suit et précède à la fois (dans les deux temps de la filmographie et des l'Histoire) le non moins moins mémorable Vitelloni. ****
Super 8, de J.J. Adams. Film d'ouverture. USA, 2011. Piazza Grande.
Déclaré « blockbuster de l'été », ce film de kids pour kids de tous âges a pas mal de charme, surtout dans sa première partie, évoquant les années de l'après-guerre américain avec une foison de détails pittoresques. La mise en abyme du film dans le film est également plaisante, qui voit une bande d'ados « recycler » un événement réel (un accident ferroviaire mahousse) dans le film en Super 8 qu'ils sont en train de tourner, basculant bientôt dans la SF à la Spielberg. **
Beirut Hotel, de Danielle Arbid. France/Liban, 2011. Compétition internationale.
Zoha, chanteuse libanaise (Darine Hamzé), lasse des épaisseurs de son conjoint, rêve du prince charmant « sur un volcan », ce Beyrouth d'après la guerre où débarque un avocat d'affaires français (Charles Berling) plus ou moins soupçonné d'espionnage. La relation, essentiellement charnelle et passagère pour celui-ci, frustre évidemment la belle, mais l'intérêt du film tient surtout au climat de menace et de confusion qui règne toujours sur la ville. Le scénario, un peu lâche dans son développement dramatique, et le dialogue, assez plat, limitent la qualité de la chose. **
Bez sniegu (sans neige), de Magnus von Horn. Court métrage. Pologne, 2011. Compétition Léopards de demain.
En Suède profonde, l'hiver, un groupe d'ados fous de motos et se cherchant sexuellement parlant, trouvent un bouc émissaire en la personne du plus fragile, épileptique et doué en composition, bref sûrement « pédé »... Climat « scènes de chasse » pour cette évocation sensible et puissante à la fois, finissant en tragédie. ***
Respect, de Benoît Forgeard. Court métrage. France, 2011. Compétition Léopards de demain.
Satire assez carabinée, voire grinçante que cette histoire loufoque d'un barbu vivant en couple avec l'ours en peluche géant Flippy, vedette des céréales Flip's. L'apparition du fils de Matthieu, également accro aux sex toys de remplacement, va pousser le père à l'exécution de Flippy, réjouissante. Question cinéma, ça l'est un peu moins... *
Voisins, de Josh Levinsky. Court métrage. UK, 2011. Léopards de demain.
Un humour singulier marque les relations pugilistiques (en anglais dans le texte) du protagoniste et de son voisin, qui se rencontrent tous les jours comme sur un ring ou un tatami, en aussi dansant et violent. Il y a comme un brin de perversté dans cet affrontement de mâles narcissiques, jusqu'au jour où l'un déménage. Mais les paires sont à transformations, comme les bras cassés se plâtrent. Filmage black and white de comique vintage. **
T'as une histoire ?, de Dario Jurican. Court métrage. Croatie, 2010. Léopards de demain.
Dans le genre éroto-satirique, cet aperçu d'une scène chaude virant du soft porno au hard psycho vaut son pesant d'ironie acide. L'on y voit l'amante raconter, à la demande de l'amant en mal de stiumlation, l'histoire la plus salace de son répertoire, après quoi, les rôles dûment échangés, l'amant provoque une crise de jalousie hystérique de l'amant en brodant sur une anecdote impliquant un ours. Très bon climat et perfomance appréciable des deux acteurs, sur un canevas narratif bien ressaisi par le filmage. **
Un amour de jeunesse, de Mia Hansen-Love. France/Allemagne, 2010. Compétition internationale.
La réalisatrice capte merveilleusement les composantes de cet amour irradiant la jeunesse fraîche et joyeuse à quoi participent les corps et les visages de Camille (Lola Creton, tout à fait remarquable) et Sullivan (Sebastian Urzendovsky, non moins vibant de présence). Dans la foulée, l'arrachement consécutif au départ de Sullivan impatient de « grandir », et seul, en Amérique du Sud, sa disparition progressive et la détresse croissante de Camille, est également exprimé avec intensité et justesse. Le film perd un peu de sa tension et de sa cohésion dramatique au fil de l'évolution de Camille, jamais vraiment guérie du départ de Sullivan. Reste un bel ouvrage plein de sensibilité, avec de très beaux cadrages et une fluidité narrative qui fait «chanter les plans », si l'on ose dire. Le jury, lui, a osé lui accorder une mention spéciale. ***
Headhunters, de Morten Tyldum.
Norvège/Danemark/Allemagne, 2011. Piazza Grande.
Tiré de Chasseurs de tête, thriller très noir de Jo Nesbo, ce film, qui reste assez proche du roman, rend pas mal le contraste des deux protagonistes masculins : Roger le chasseur de têtes qui se croit à la coule dans le milieu de l'art où sa femme Diana (Synnove Macody Lund) étincèle, et Clas Greve le « tueur » qu'il engage au top sans se rendre compte que cela va se retourner contre lui. Si le livre prend réellement aux tripes, le film relève de la fabrication très efficace, sans plus. **
Hell, de Tim Fehlbaum. Allemagne/Suisse, 2011. Piazza Grande.
Dans le genre très largement représenté aujourd'hui des films d'après le déluge nucléaire, les clichés redondants font souvent florès. Fuite dans les décombres de quelques âmes pures, lutte pour la survie, menace latente de bandes sauvages ou même cannibales : c'était aussi le canevas du magnifique roman de Cormac McCarthy intitulé La Route, adapté au cinéma par John Hillcoat. Or le premier « long » de Tim Fehlbaum réinvestit le thème post-apocalyptique avec la même force poétique et la même quête de rédemption, jusqu'à la scène finale du salut matérialisé par l'eau de source, qui pourrait illustrer la fable de McCarthy. À relever la belle maîtrise de la mise en scène, la solidité du scénario (co-écrit par Thomas Wöbke), l'originalité de l'image de Markus Förderer aux sfumati à la Sokourov, et aussi la qualité de l'intrerprétation, notamment de la jeune Hannah Herzsprung (Marie) et d'Angela Winkler. Un talent prometteur du cinéma suisse. ***
Tahrir, de Stefano Savona. Italie, 2011. Chronique documentaire.
Au fil d'une montée en puissance magnifiquement restituée par l'image et l'effet choral des témoignages privilégiant quelques protagonistes des deux sexes, le réalisateur italien nous fait revivre, comme en immersion, du dedans et avec une proximité quasi intimiste dans le maëlstrom de la foule, les journées et les nuits cruciales qui ont abouti à la chute du Raïs égyptien. L'an dernier déjà, avec Piombo fuso, Stefano Savona avait réussi cet exploit de donner une force dramaturgique, et même une saisissante « beauté », à une chronique également explicite en matière politique. Ici, l'espoir et les menaces planant sur la révolution égyptienne sont éclairés par la dialectique des prises de parole autant que par le travail de cinéma . ***
Vol spécial, de Fernand Melgar. Suisse, 2011. Documentaire. Compétition internationale.
Après La Forteresse, qui évoquait l'épreuve vécue par les requérants d'asile dans un centre d'accueil, à leur entrée en Suisse, Fernand Melgar documente l'autre extrémité du transit des sans-papiers, au centre de détention administrative de Frambois, près de Genève, préludant aux vols spéciaux de retour dans les divers pays d'origine des demandeurs déboutés. Avec autant d'honnêteté que de clarté dans l'exposition des faits - humainement révoltants en ce qui concerne les conditions matérielle dans lesquelles les vols spéciaux se déroulent -, ce film échappe à toute forme de démagogie, autant qu'à la seule anecdote journalistique. Comme un Jean-Stéphane Bron, Fernand Melgar parvient à donner une intensité émotionnelle rare à son observation des destinées individuelles, et l'objet qui en résulte honore aussi, du pointd de vue de la forme, ce qu'on appelle le cinéma du réel. ***
Hashoter (Le policier) de Nadav Lapid. Drame social. Israël, 2011. Compétition internationale.
La première partie de ce film du jeune réalisateur israélien est excellente, qui brosse le portrait de groupe d'un unité d'élite de la police spécialisée dans la répression du terrorisme arabe. Au premier rang : un flic fringant sur le point de devenir père et qu'inquiète la tumeur d'un de ses collègues. Avec une pointe d'ironie, cette entrée en matière touche par la justesse nuancée du trait. Sur quoi le film bifurque sur la présentation de quelques jeunes révoltés qu'on dirait sortis du Grand soir de Reusser, aussi naïfs qu'exaltés, qui se lancent dans une prise d'otages de haute volée, mais à vrai dire peu crédible dans sa modulation dramatique, le scénario et les dialogues péchant tout de même. Le film est cependant intéressant par sa thématique, touchant à une faille de la société israélienne contemporaine: la pauvreté que dénoncent les jeunes militants, et par le fait que des policiers israéliens soient contraints de retourner leurs armes contre de jeunes compatriotes. À cet égard, la dernière séquence durant laquelle le regard du jeune flic s'attarde sur la révolutionnaire abattue, en dit très long. Le prix spécial du jury a récompensé ce premier long métrage de Nadav Lapid. ***
Cow-boy s & Aliens, de Jon Favreau. Western SF. USA, 2011. Piazza Grande.
Comme il en va de Super 8, cette espèce de grande BD combinant les stéréotypes du western classique et des films de science fiction dégage un certain charme dans sa mise en place, avec son bled typique à saloon et ses magnifiques paysages; et la greffe avec le monde des aliens peut amuser aussi. Cela ne compense pas pour autant la vacuité des personnages, si l'on excepte le plus puant d'entre eux, incarné par Harrison Ford, dont la psychologie de vieux briscard désabusé atteint un semblant de relief. Quant à l'idéologie consistant à identifier l'Alien au Mal venu d'ailleurs, elle s'inscrit dans le droit fil d'une «pensée» américaine qui justifie d'autant plus la violence que l'étranger, en l'occurrence, est venu pomper l'or des pionniers... **
Brigadoon, de Vincente Minelli. Comédie musicale. Etats-Unis, 1954. Rétrospective Minelli.
Brigadoon, merveilleux village d'une Ecosse de conte, est le lieu du bonheur par excellence, où l'on n'arrive jamais que par l'imagination et que l'on ne quitte pas si l'on y est né, au risque de voir l'illusion se dissiper. Surgi du décor peint le plus délcieusement kitsch qui se puisse concevoir, Brigadoon est aussi le lieu par excellence de la fiction et de l'art, du faux qui devient vrai par la magie de l'art, du mensonge poétique qui tisse une autre réalité, comme chez Flaubert ou Proust, maîtres avérés de Minelli. Voir ou revoir Brigadoon sur grand écran, où le Cinémascope fait rutiler ses couleurs, est un vrai bonheur que la reprise prochaine de la rétrospective de Locarno, à la Cinémathèque suisse, à Lausanne, permettra de revivre encore. *****
Nuvem - le poisson-lune, de Basil Da Cunha. Court métrage. Appellations suisses, 2011.
Nuvem, Nuage, jeune homme errant dans un bidonville de Lisbonne, est l'incarnation du rêveur solitaire que tous rejettent, qu'il s'agisse de la serveuse de café pour laquelle il en pince, des joueurs de cartes du même café, de sa mère qui lui reproche sa paresse ou des habitants du bidonville qu'il défie à sa façon. Naïf et candide, il croit ceux qui lui jurent que seul un poisson-lune lui vaudra les faveurs de sa belle, mais sa quête a aussi valeur de parcours initiatique. Tenant de la fable et du poème, ce nouveau court métrage dense et très maîtrisé de Basil Da Cunha, après le déjà très remarquable À Côté, inscrit ce jeune cinéaste suisse (26 ans) d'origine portugaise au premier rang des nouveaux réalisateurs à suivre. ***
Toulouse, de Lionel Baier. Road-movie. Suisse, 2010. Appellations suisses.
Né d'un projet d'atelier de création collective avec la troupe d'amateurs de La Dentcreuze, à Aubonne, ce film s'inscrit assez naturellement, par réappropriation personnelle à forte densité poétique, dans la suite des courts et longs métrages du plus « artiste » des réalisateurs romands, dans la filiation d'un Michel Soutter. L'argument narratif du film, tenant à l'échappée d'une jeune femme (prénom Cécile, et interprétée par Julie Parazzini) désireuse de protéger sa fille Marion (Alexandra Angiolini) de la passion dangereuse de son ami, est fragile, mais une histoire cohérente se construit bel et bien au fil de de la fugue, prétexte à de nombreuses digressions, rencontres, retours de mémoire, à travers des paysages magnifiés par le regard de l'auteur et de son cameraman, Bastien Bösiger. Après Low Cost, découvert l'an dernier à Locarno, Toulouse séduit non sans nous impatienter à l'idée d'un film de plus d'ambition où le grand talent de Baier se déployerait plus largement. ***
Bachir Lazhar, de Philippe Falardeau. Comédie. Québec, 2011. Piazza Grande.
À la suite du suicide d'une jeune enseignante, qui s'est pendue dans sa classe d'une école privée de Montréal, Bachir Lazhar, requérant d'asile algérien, se pointe à ladite école pour proposer ses services. Ceux-ci donnent satisfaction en dépit de méthodes surannées de ce drôle de prof, dont la femme écrivain engagée a été victime d'un incendie criminel, lequel a poussé Bachir à se réfugier au Canada. Sur la base d'un monologue de théâtre, Philippe Falardeau a complètement reconstruit ce drame à deux faces, dans lequel les enfants jouent un rôle aussi important que le protagoniste. Le mensonge de Bachir (qui n'a jamais été enseignant en réalité) et le jeu subtil et complexe qui se joue entre lui, les enfants, les parents de ceux-ci et les autres enseignants, donne à ce film d'émotion une résonance très singulière, non convenue en dépit des apparences et pas seulement parce qu'il bat en brèche le politiquement correct. Dès sa projection, très applaudie, la probabilité d'un Prix du public semblait s'imposer, confirmée au palmarès. ****
Abrir puertas y ventanas, de Milagros Mumenthaler. Comédie. Argentine/Suisse, 2011. Compétition internationale.
Premier long métrage de Milagros Mumenthaler, née en Argentine mais ayant accompli ses premières écoles en Suisse avant de retourner à Buenas Aires étudier le cinéma, ce film évoque, avec beaucoup de sensibilité et de finessem les relations douces acides entre trois soeurs orphelines qui se retrouvent dans la maison familiale après la mort de la grand-mère qui les a élevées. À touches légères et très précises à la fois, jouant sur les contrastes vifs entre Marina l'étudiante responsable, Sofia toute portée sur son look et le bien-être matériel, et Violeta l'artiste et la passionnée du trio, la réalisatrice maintient une tension constante alors que tout se déroule dans une sorte de parenthèse existentielle. Quant aux traits psychologiques, on retrouve la justesse de regard d'Andrea Staka, dans La jeune fille, dans un ton plus intimiste. Le léopard d'or est revenu à ce beau film, fragile mais assurément prometteur. ***
Romance, de Georges Schwizgebel. Film d'animation. Suisse, 2011. Piazza Grande.
Virtuose autant qu'à l'ordinaire, Schwizgebel nous revient avec une variation picturale sur une sonate de Rachmaninov unterprétée par sa propre fille. À relever d'abord le crayonné du début du film, qui aiguise la sensation de spontanéité très rapide de l'action, évoquant le rêve d'un personnage endormi dans un avion, dont la belle voisine va le suivre et le rejoindre au dédale des désirs. Cela dure 7 minutes, 7 minutes de grâce - un peu volatile au demeurant.
The Funeral, d'Abel Ferrara. Comédie noire. USA, 1996. Hommage à Ferrara.
Après avoir exécuté ses frangins, et plutôt deux fois qu'une, Cesarino se tire une balle dans la bouche non sans s'être exclamé, à l'adresse des femmes éplorées de la famille réunies alentour, qu'il ne pouvait tout de même pas vivre plus longtemps sans ses frères chéris. Pensées d'une logique évangélique, dans un esprit non moins logiquement dérangé, pour une dernière scène macabre et drolatique, aussi violente et grinçante que tout ce film consacré au cycle du Mal entretenu par tradition et nécessité dans une famille bien catholique de la Maffia new yorkaise. Les questions de la folie mentale et de la grâce, autant que du mal et de la vengeance s'entrelacent dans ce film pur et dur. ****
Mangrove, de Frédéric Choffat et Julie Gilbert. Fiction tropicale. Suisse/France, 2011. Compétition internationale.
Ce film eût fait un court métrage parfait. Avec ses 70 minutes, sur un scénario par trop elliptique et avec un dialogue réellement insuffisant, on sent hélas le temps peser. L'argument et son développement sont à peu près crédibles, qui mettent en scène le retour, sur une plage du pacifique mexicain, d'une femme qui a vécu là un drame de sang, et son fils. Hélas, on se demande ce que fait là ce fils à peu près muet et réduit à un rôle de figuration (à l'exception de la charmante danse d'un petit crabe), et les allées et venues de la protagoniste nous auraient achevé si le film ne jouait pas, essentiellement, sur la magie nocturne d'un climat qui est celui-là même de la mangrove. Un plan enfin, le dernier, joue un sale tour à cet ouvrage qui est loin d'être sans qualités, avec un couteau planté dans un requin mort que le spectateur peut prendre pour sa propre estocade. Aïe, mais vraiment, ce symbolisme à deux balles fait trop mal ! **
Le Havre, d'Aki Kaurismäki. Drame poético-social. Finlande/France/ Allemagne, 2011. Piazza Grande.
Retour au grand cinéma d'auteur, dans le port du havre qu'on dirait repeint aux couleurs de ce peintre qu'est aussi Kaurismäki, avec des rouges à la Soutine, des verts à la Van Dongen ou à la Hopper, des bleus tendres qui s'allient naturellement avec des verts languides et des jaunes de tisanes de petites convalescences. Et ces cadrages et ces enchaînements de plans, et cette humanité des personnes incarnée sur fond d'inhumanité sociale avérée. Ah mais, Kaurismäki accorde autant d'attention fraternelle au commissaire Darroussin qu'à l'écrivain cireur de pompes Marcel Marx (André Vilms) et au petit négro immigré (Blondin Miguel), donc ça doit être un film facho pour Paulo Branco ?! Passons...
Comme une conte d'enfance où il y a les gentils contre le méchant monde, cette fable adorable aligne les beautés (Kati Outinen, épouse de Marx frappée de maladie peut-être mortelle, en est une de haute lignée) et les bontés avec une sorte de candeur angélique qui retourne bonnement le poids du monde en chant du monde. Si j'étais critique de cinéma, je détaillerais tout ça avec les termes appropriés. Mais le public non plus n'est pas critique, et ce soir sur la Piazza on l'a senti à genoux à l'unisson, transi d'émotion. *****
Ringo, de Yaara Sumeruk. Court métrage. USA, 2011. Léopards de demain.
Ringo fait commerce de ses charmes auprès de ces dames, mais ce qu'il lui arrive ce jour-là le déstabilise grave. A-t-il affaire à une dingue ? En tout cas, quand cette femme qui pourrait être sa mère, au lieu de lui laisser faire son job, lui ordonne de mimer sa venue au monde, puis le traite en fils avant de le sommer de juger son père, entre autres composantes d'un jeu de rôle en crescendo, le lascar va pour se défiler, jusqu'au moment où, la femme l'ayant payé pour le simulacre, il prend tout à son compte et craque on imagine pourquoi. Genre short cut tendre acide, c'est plutôt réussi. ***
Séptimo, de Valentina Chamorro. Court métrage. Suède, 2011. Léopards de demain.
L'évocation de cette rencontre entre deux beaux garçons, le blond et le brun, pourrait s'en tenir à une idylle délicate du rayon gay, mais d'emblée on sent qu'il y a quelque part quelquechose qui cloche du côté de Vincent, qui n'en finit pas de se raser le poil, qu'il a très dru et peut-être aussi abondant que celui du bouc ou du lion noir ? On n'en dira pas plus sur ce conte virant au fantastique à fines touches, illustrant une sorte de «différence» au carré et très maîtrisé dans sa forme. **
Liberdade, de Gabriel Abrantes et Benjamin Crotty. Court métrage. Portugal, 2011. Léopards de demain.
Les extérieurs saisissants de Luanda, avec ses taudis à vingt étages ouverts à tous vents, ses bords de mer aux immenses épaves de navires et son dédale de rues où court la violence la plus sauvage, constituent pour ainsi dire le premier « personnage » de cette histoire d'amour entre le jeune Angolais Liberdade et la jolie Chinoise Betty, dont on sait d'entrée de jeu que leur liaison est condamnée. Faute de scénario plus explicite, et faute aussi d'un dialogue permettant d'identifier les deux protagonistes, le film ne va pas vraiment au bout de ses intentions sûrement légitimes dans la ressaisie du métissage et ses modulations sociales et affectives. ***
Tokyo Koen, de Shinji Aoyama. Fiction psychologique. Japon, 2011. Compétition internationale.
On pense un peu au Blow-Up d'Antonioni en suivant les chasses photographiques de Koji, apprenti photographe , dans les jardins publics de Tokyo où il a été chargé, notamment, de filer la petite amie d'un client comme le ferait un détective. Très élaboré, le scénario superpose les divers plans de la réalité réelle ou fantasmée, et fait se rencontrer le visible et l'invisible aux franges du fantastique, avec un contraste très nippon entre les apparences glacées et leur substrat compliqué, voire gore. Le film a impressionné le jury qui lui a accordé un léopard d'or « spécial », mais pour ma part je n'ai guère été touché. Ce doit être un manque de culture cinéphilique. Tant mieux ou tant pis ? ***
Saudade, de Katsuya Tomita. Fresque sociale. Japon, 2011. Compétition internationale.
Pourquoi si long ? Voilà ce qu'on se demande après les tois heures de projection de ce film pourtant intéressant à beaucoup d'égards, et d'abord par sa façon de documenter une réalité peu connue, sur les chantiers de construction et dans la ville provonciale de Kofu où se côtoient Japonais et Brésiliens, entre autres Thaïlandais et immigrés d'autres pays. Un peu comme dans West Side Story, mais de manière beaucoup plus flottante, le récit met en scène deux communautés, japonaise d'une part et brésilienne de l'autre, qui s'expriment par le rap. Celui des Japonais est violent, politiquement agressif et même nationaliste, tandis que les Brésiliens sont plus lyriques et nostalgiques dans leur expression. Quelques personnages assez bien silhouettés, comme dans Short cuts de Rober Altman, cristallisent les thèmes du déracinement et de la dégradation des conditions de travail, de l'acculturation et des difficultés d'intégration, dans une société mondialisée aux repères flottants sur fond de consommation abrutie et de drogue. Bref, on est ici dans le docu-fiction, avec des réussites de cinéma mais décidément trop de longueurs. ***
Sport de filles, de Patricia Lazuy. Comédie équestre. France /Allemagne, 2011. Piazza Grande.
L'idée de montrer l'envers du milieu clinquant des courses de chevaux, avec ses tractations financières peu romantiques évidemment, était intéressante, et l'on pourrait dire que la chose est réussie dans les petites largeurs d'un téléfilm divertissant. Dans les grandes largeurs en revanche, un adjectif m'est revenu, plut'ot récurrent dans la production actuelle, et précisément parce que la fome du téléfilm semble une référence, consciente ou inconsciente, quasi omniprésente - l'adjectif : paresseux. Scénar paresseux, dialogue paresseux. Les trois personnages, de la propriétaire de chevaux vacharde (Josiane Balasko), de la fille de paysan passionnée pure et dure de chevaux (Marina Hands) et de l'entraîneur de haut vol désabusé (Bruno Ganz), existent certes grâce au jeu des comédiens (un Bruno Ganz qui crève l'écran de sa présence, tout en débitant un dialogue français plutôt débile, et Marina Hands en attachante furie de très belle prestance) , mais tout ça reste carré et convenu, par trop stéréotypé, et la Piazza n'a pas vibré. **
Otto e mezzo, de Federico Fellini. Film en abyme. Italie, 1963. Programmes spéciaux - hommage à Claudia Cardinale.
Le noir et blanc est une couleur, et tout est cadeau en cet après-midi à la FEVI, avec la présence de Claudia Cardinale, la présentation de quelques « bijoux » de pub signés par le Maestro, et la projection du chef-d'œuvre incontesté de celui-ci. Un réalisateur (Marcello Mastroianni, très nonchalamment génial de bout en bout) en crise de quarantaine aggravée, qui « déconstruit » son nouveau film au moins quinze ans avant la mode de ladite « déconstruction », des tas de femmes autour de lui plus belles les unes que les autres, de sa régulière infiniment patiente (Anouk Aimée) à sa craquante maîtresse (Sandra Milo) ou à sa muse sublime (Claudia Cardinale), et le tournage qui approche, et les souvenirs de tous les âges qui remontent, et tout ça brassé façon cinéma proustien, tout ça formellement et poétiquement maîtrisé pilpoil, tout ça bordélique et minutieusement agencé, bref c'est le bonheur et pas une ridule - et ce finale comme un générique déroulé pour toute l'œuvre de cet immense poète de cinéma qu'escorte la petite musique popu du divin Nino Rota... *****
(À suivre)
12:53 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : festival de locarno, cinéma
18.08.2011
Le lynchage de Melgar

Quand Paulo Branco se la joue stalinien de salon à Locarno, entre deux mojitos...
Le lynchage verbal auquel s'est livré Paulo Branco, président du jury du Festival de Locarno 2011, à l'encontre de Fernand Melgar et de son film Vol spécial, taxé de « film fasciste », nous ramène à la rhétorique des idéologies totalitaires brune et rouge du XXe siècle, dont les affiches hideuses apparues sur nos murs sont un autre avatar.
Nous pensions être sortis de ce langage de brutes, et pourtant non : la simplification grossière, gage de bonne conscience guerrière, n'a rien perdu de son fiel mauvais et de sa violence.
Fernand Melgar s'attendait, probablement, à se voir attaqué par les partisans du parti populiste UDC, et cela n'a pas manqué : dès que j'ai présenté Vol spécial dans les colonnes de 24Heures et sur mes blogs, certains censeurs, sans avoir vu le film, ont accusé ce fils d'Espagnols de salir la Suisse qui a si généreusement accueilli les siens, n'est-ce pas. Entre les lignes on lisait la vieille rengaine sympa des années 50-60, genre «rentre chez toi l'Espingouin ! » ou « va donc voir à Moscou ! » Taxer Melgar de gauchiste s'inscrivait d'ailleurs dans la logique de son rejet par la droite primaire. Ses films, d'Exit à La Forteresse, sont en effet marqués par ce qu'on pourrait dire un humanisme de gauche, sans qu'on puisse parler de films militants pour autant au sens où on l'entendait dans les années 50-60. Melgar se dit lui-même démocrate, et ce n'est pas une posture mais une position qu'il incarne dans son travail et dans sa vie. Toutes choses qui doivent échapper complètement à l'intello typique de la vieille garde des compagnons de route incarné par Paulo Branco, pour qui la démocratie directe à la manière suisse, dont il ignore évidemment tout du fonctionnement réel, ne peut qu'être suspecte. Pensez : un peuple qui vote si mal ! Yann Moix l'avait d'ailleurs déclaré avant lui : peuple de fachos, peuple de collabos !
Or, taxé de fascisme par l'élégant Paulo, le gentil Fernand n'a su répondre que ça : qu'il est démocrate, qu'il respecte ses aînés soixante-huitards et qu'il est juste triste...
Après la projection de Vol spécial, pour ma part, j'étais juste en rage, comme je l'ai été à Locarno en découvrant les abominables affiches de l'UDC en langue italienne qui fut celle certes de Mussolini mais qui est surtout à mes yeux la langue de Dante, de Fellini , de Pavese et de Pasolini. Mais la rage devant le simplisme imbécile d'un slogan et d'une image de l'invasion est tout autre que la rage découlant du constat d'une injustice et d'une indignité avérées, liées elle-mêmes à une situation européenne et mondiale complexe, enchevêtrée, absolument indémêlable en termes manichéens opposant bourreaux et victimes. Cette complexité qui exclut les réductions simplistes avait été perçue il y a des décennies, d'ailleurs, par ces grands artistes que furent un Dürrenmatt ou un Pasolini, à la hauteur desquels un Fernand Melgar, remarquable artisan, n'a pas la prétention de se hisser.
Paulo Branco, en son simplisme idéologique de vieille ganache toujours imprégnée des eaux de vidures d'évier de la guerre froide, ne peut que détester la complexité ressaisie par Melgar. De toute évidence, notre pistolero de salon ignore la complexité sociale et politique d'une démocratie directe telle que la nôtre, nullement satisfaisante à bien des égards mais qu'il est malhonnête de juger sans la connaître un tant soit peu. Qu'un réalisateur suisse, nullement chauvin au demeurant, se pointe à Locarno avec un directeur de prison administrative suisse à cravate rose, ne peut que paraître suspect à Paulo Branco qui prétend, à tort, que le réalisateur le présente en héros. Que le responsable de prison à cravate rose déclare haut et fort, dans le film, qu'il a honte d'être Suisse au lendemain de la mort, à Zurich, d'un requérant d'asile renvoyé dans des circonstances explicitement dénoncées par le film - mais le requérant en question ne venait pas de Frambois, contrairement à ce que prétend Branco là encore malhonnête, et les motifs exacts de son décès restent inexpliqués à ce qu'il semble- mal documenté, juste pressé de flinguer à vue (même sans rien voir), Paulo Branco juge sans prendre la peine de s'informer, alors que le site du film est plus explicite à cet égard.
Représentant avéré de ce que notre confrère Claude Ansermoz a appelé exquisement la « Révolution des œillères), Paulo Branco ne voit rien de la réalité effectivement documentée par Melgar, qui est celle d'un piège. La prison de Frambois est un piège qui a cela de particulier que tout le monde y est piégé. Bien entendu, il serait « obscène », pour reprendre les termes de Paulo Branco, de mettre la situation des sans-papiers sur le même plan que celle des fonctionnaires commis à leur entretien, mais ce n'est pas du tout ce que fait Melgar. Pas un instant le réalisateur ne justifie les pratiques des gardiens commandés par le Règlement, qu'il se borne à montrer. Et que s'imagine donc Branco : que les 3000 spectateurs qui ont applaudi Vol spécial applaudissaient le Règlement appliqué ?
Fernand Melgar n'exalte donc pas du tout le comportement des « accompagnants ». S'il y a quelque chose d'assez révulsant dans les manières paternes du directeur à cravate rose qui explique au requérant promis à un vol spécial que maintenant, voilà, on va « rentrer à la maison » et que ça se passera « sans histoires », telle est bien la réalité suisse (et pas que Suisse évidemment...) qu'on peut trouver insupportable et que Melgar capte sans la juger, sensible à l'humain et laissant à Zouc le soin de la goriller comme il sied. Melgar n'a rien de belge et ce n'est pas demain qu'il nous fera un film à la Deschiens : Melgar est un Espagnol devenu Suisse, donc un peu plus Suisse que nous autres, comme mon beau-frère. On connaît ça : le secundo ou le frais immigré font du zèle. Mais ce que Melgar montre est intéressant, et cela seul compte.
Le malentendu est aussi une affaire de générations, et je comprends que Paulo Branco rêve de prolonger l'illusion du film militant, tel que Francis Reusser, par exemple, le pratiqua jadis dans Biladi, documentaire palestinien strictement unilatéral. Voir Biladi et conclure : salauds d'Israéliens fachos ! Belle preuve de bonne conscience, que j'ai retrouvée l'an dernier chez notre cher Freddy Buache lorsque, lui recommandant de voir Le responsables des ressources humaines, il me répondit : « Ah mon cher, un film israélien, non merci ! »
Dans le même ordre d'observations, je me rappelle les Journées de Sorrente de l'année 1977, consacrées au cinéma suisse, marquées notamment par la projection du Grand soir de Reusser, des Indiens sont encore loin de Patricia Morazt et de Violanta de Daniel Schmid; et quels beaux soirs nous aurons vécu, sur les terrasses domminant la baie de Naples, à entendre ces dames et messieurs disserter sur la meilleur façon de toucher le peuple suisse plus ou moins collabo (le mot n'y était pas, mais l'idée pointait le museau), du moins estimé somnolent à proportion de son peu de goût pour des films jugés (injustement) plus ou moins chiants.
Cette gracieuse désignation des « collabos », introduite par Paulo Branco lui-même dans sa réponse à notre confrère Claude Ansermoz (24 Heures du 17 août 2011) lui demandant comment il interprétait le fait que 3000 personnes, à la FEVI, se lèvent pour applaudir Vol spécial, en dit long sur le respect que le produc à provocs's montre envers le public, bande de veaux qui votent des lois infâmes, c'est bien connu.
Au même propos, je me souviens d'une soirée passée à Cologne, il y a une vingtaine d'années de ça, en compagnie d'un autre ponte de la provoc', en la personne de Günter Wallraff (Tête de Turc, etc.) qui me dit comme ça, après m'avoir demandé si c'était le journal qui réglerait l'addition, que la Suisse pendant la guerre s'était montrée plus que collabo : vampire de l'Europe nourrie du sang et de l'or des Juifs.
À cette rhétorique de propagandistes prenant leurs désirs ou leurs exécrations pour la réalité, s'oppose évidemment l'exigence plus modeste de rendre compte de celle-ci dans toutes ses composantes, dont les éléments sociaux ou politiques ne sont pas forcément les principales. De ce point de vue, le souvenir de Violanta de Daniel Schmid, sans être son chef-d'œuvre, ou La dernière chance de Leopold Lindtberg , me semble plus vif aujourd'hui, comme celui de L'Âme sœur de Fredi M.Murer, léopard d'or de Locarno en 1985, que celui des réalisateurs engagés de l'heure.
Or qu'est-ce aujourd'hui qu'un film « engagé » ? À vrai dire je n'en sais trop rien, pas plus qu'en littérature, ou disons plutôt que la notion d'engagement prête trop souvent à malentendu. S'il s'agit d'achopper à la réalité contemporaine, je dirai que l'admirable Mary d'Abel Ferrara me semble aussi engagé, sinon plus en termes de travail artistique, que les reportages remarquables de Stefano Savona réalisés dans la bande de Gaza l'an dernier et cette année sur la place Tahrir.
En ce qui concerne le cinéma suisse, je constate que Le génie helvétique de Jean-Stéphane Bron, et plus encore Cleveland contre Wall Street, Groundding de Michael Steiner, Des épaules solides d'Ursula Meier. Prudhommes de Stéphane Goël ou Vol spécial de Fernand Melgar, relèvent d'un engagement plus frontal et mieux accordé à un débat de large audience
que nombre de films « poilitiquement » plus explicites de leurs aînés.
Sans en faire une question de générations, il me semble que les rélisateurs du nouveau cinéma suisse, à partir des docus de Bron (Connu de nos services) et de Lionel Baier (Celui au pasteur ou La Parade), entre autres, se sont distingués de leurs prédécesseurs en préférant, à la démonstration établie sur des conclusions préalables - procédure souvent appliquée dans l'émission- vedette de la TSR, Temps présent, conduite par Claude Torracinta -, la simple exposition des faits supposés parler d'eux.même à un publiv libre de se faire une opinion en dernière instance.
Bien entendu, la réalité suisse a un côté modeste et pompon qui peut exaspérer, et les manières du bon Docteur Sobel (dans Exit de Melgar), expliquant à la candidate au suicie que, maintenant, on va gentiment prendre sa potion, frisent parfois le monstrueux, comme l'a bien montré Michel Houellebecq à la fin de La carte et le territoire. Une Zouc,une fois encore, a illustré merveilleusement cette terrifiante gentillesse du petit pays à nains de jardin...
Aux socialistes révolutionnaires qui lui reprochaient de ne pas prendre, dans ses récits extraordinairement documentés sur la misère de la Russie tsariste, Anton Tchekhov répondait que, s'il s'était attaché sérieusement à la peinture des faits et gestes de voleurs de chevaux, il lui paraissait inutile de conclure en disant qu'il est mal de voler des chevaux. Le problème de Paulo Branco, amateur de chevaux, est qu'il n'en a qu'à la moralité déclarée (ce qu'il appelle pompusement la « responsabilité ») et qu'à ce taux-là un Tchekhov, comme un Pasolini plus tard, ou un Kundera en littérature - et je ne parle de ce facho de Soljenitsyne - ne peuvent qu'être suspects avec leurs façons respective de montrer sans démontrer.
Frédéric Maire, pour défendre loyalement Fernand Melgar et son travail, a justement souligné que le réalisateur lausannois montrait au lieu de démontrer. À quoi, ajoutant une muflerie sur l'autre, Paul Branco a osé répondre que sans doute le directeur de la Cinémathèque n'avait pas vu le film ! Aggravant son cas, le même Paulo a ajouté qu'il lui paraissait scandaleux que le Festival de Locarno accueille seulement um film aussi fasciste que Vol spécial.
De son côté, Olivier Père ne m'a paru bien courageux, quoique défendant Melgar, en invoquant les « motifs artistiques », et non politiques, sur lesquels se fonde son invité, lequel n'a pas amené le début d'une argumentation de type réellement cinématographique sur le film en question.
Autant dire que la Suisse fasciste et collabo est reconnaissante à Edouard Waintrop, grand cinéphile français qui a remplacé Olivier Père à la tête de la Quinzaine des réalisateurs, au Festival de Cannes, de voler au secours de Melgar en se déclarant lui aussi fasciste et collabo !
Si les mots ne veulent plus rien dire dans la confusion amnésique des temps qui courent, alors allons-y petits : après avoir été tous des Juifs allemands au temps de Dany le Rouge,nous voici tous des fachos collabos promis bientôt à un vol spécial que pilotera Paulo Branco, avec Yann Moix pour copilote, lesquels nous conduiront, menottés et garottés, jusqu'au bord de la piscine où nous attendent les clones téléfilmiques d'Hitler et Salazar, à siroter des mojitos...
13:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : festival de locarno, polémique
11.08.2011
Un soir de grâce

7777 cœurs ont vibré d'émotion à la projection, sur la Piazza Grande, du dernier film d'Aki Kaurismäki : Le Havre.
Si la qualité de cette 64e édition du Festival de Locarno pouvait se réduire à la pure magie d'une soirée, celle de ce mercredi sous la lune et les étoiles conviendrait. A la clef : la découverte du dernier film du grand réalisateur finlandais Aki Kaurismäki, intitulé Le Havre et déjà remarqué ce printemps à Cannes.
Pour cristalliser la bonté humaine, les beaux gestes de la solidarité, le chant du monde opposé au poids du monde: un film épuré à l'extrême, simple comme un conte d'enfance, avec le monde dur d'un côté et les bonnes gens de l'autre. Tel est aussi bien Le Havre dont l'incomparable empathie humaine, sur fond de révolte sociale et politique, rappelle l'inoubliable Umberto D. de Vittorio de Sica.
Dans un décor portuaire qu'on dirait complètement repeint par le Maître à ses couleurs fétiches (bleu tendre, rouge sang, vert acide, notamment) les thèmes de la liberté individuelle, de la maladie et de l'immigration clandestine sont modulés par trois personnages principaux : le vieux bohème Marcel Marx (André Wilms) survivant en cirant des chaussures, son épouse (l'admirable Kati Outinen) frappée d'une maladie peut-être mortelle, et un jeune Noir sans papiers en fuite (Blondin Miguel).
Stylisée à l'extrême, cette fable de la violence ordinaire « retourne » littéralement tous les clichés lénifiants. La force conjuguée d'images très composées, qui rendent la réalité plus-que-réelle, et de personnages extraordinairement présents et attachants, nous valent ici ce qu'Olivier Père dit justement « un chef-d'oeuvre ».
«Un cadeau !», a surenchéri le réalisateur et producteur tessinois Villi Hermann qui a reçu, en début de soirée, le Premio Cinema Ticino pour l'ensemble de son œuvre, notamment marqué par le documentaire San Gottardo. Le Festival a repris en outre, ces jours, son long métrage de fiction Innocenza (1986), où il est question des relations ambiguës entre une enseignante et un élève ado, et présente enfin un documentaire tout récent intitulé Gotthard Schuh, une vision sensuelle du monde, consacré au célèbre photographe.
En ce qui concerne la course au léopard d'or, les pronostics sont encore incertains, aucun film de la compétition internationale ne semblant jusque-là s'imposer. Des trois films suisses en piste dans cette section, seul le Vol spécial de Fernand Melgar paraît avoir des chances, alors que le long métrage documentaire d'animation Crulic, de la Roumaine Anca Demian, a suscité, lui aussi, un vif intérêt, et que plusieurs autres films restent encore à découvrir...


12:43 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : festival de locarno, cinéma
08.08.2011
Le road-movie de Lionel Baier


Lionel Baier emmène les gens d’Aubonne à Toulouse via la lune, où il retrouve Basil Da Cunha…
Sous le label d’Appellations Suisse, deux poèmes de cinéma, signés Basil da Cunha et Lionel Baier, ont été applaudis hier matin par un public venu en nombre à la grande salle de la FEVI, tandis que le soleil repiquait sur Locarno.
Déjà remarqué l’an dernier pour un remarquable court métrage intitulé À côté, évoquant la solitude exacerbée par le désir d’un travailleur étranger à Genève, Basil da Cunha, jeune réalisateur genevois (né en 1985) d’origine portugaise, revient cette année avec un film d’une qualité expressive éclatante. Tourné avec des moyens de fortune dans un bidonville de Lisbonne, Nuvem, le poisson-lune module les espérances naïves d’un exclu qui rêve de conquérir le cœur d’une belle dédaigneuse en pêchant un poisson-lune. Magie d’un climat doux et sauvage, forte empathie humaine modulée en cadrages serrés, maîtrise de la construction et du rythme constituent un vrai bijou.
Dans la même foulée généreuse, avec la même lucidité vive et tendre, Lionel Baier poursuit son œuvre dans un road-movie combinant son expérience largement confirmée et la passion collective de la troupe d’amateurs vaudois de La Dentcreuze.
Après le passionnant «journal » filmé au téléphone portable de Low Cost, vu l’an dernier à Locarno, Toulouse combine avec bonheur la fugue de Cécile (Julie Perazzini, seule comédienne de l’équipe, d’une présence intense et lumineuse) et de Marion, sa petite fille de 10 ans (Alexandra Angiolini, également épatante de vivacité blessée), loin d’un père (Julien Baumgartner) à la passion narcissique dangereuse.
L’échappée belle, à bord de la vieille Ford Solange rebaptisée Ariane, comme la fusée, traverse nos campagnes bonnement magnifiées par le cinéaste et son cameraman (Bastien Bösiger, formé à l’ECAL) du matin à la nuit d’un 1er août pas comme les autres. Revisitant ses thèmes personnels liés aux multiples aspects de la relation amoureuse ou familiale, Lionel Baier se réapproprie une fois de plus nos paysages en les dégageant de tous les clichés. Un humour à la Michel Soutter alterne avec des « citations » littéraires (le Gracq d’Un balcon en forêt) et autres greffes de pubs à la Godard, mais dans une « musique » qui n’est que de Baier, chroniqueur fluide et savant recousant les paperoles du temps à sa façon.
La dernière séquence du film vaut son pesant de malice, quand la petite Marion, à l’arrivée à Toulouse, fait remarquer à Cécile que l’idée est rigolote, de donner à une ville le nom d’une chanson.
À relever, enfin, que ce «film d’été», selon l'expression modeste de Lionel Baier, associe les amateurs de la Dentcreuze avec la même générosité que montre le cinéaste vaudois dans son hommage récent à Claude Goretta, à découvrir aussi à Locarno…
Nuvem et Toulouse sont repris au Rialto 1, le 9 août à 21h.30 ; Bon vent Claude Goretta, le 12 août au Palavideo, à 16h.
17:22 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : festival de locarno, cinéma, suisse
07.08.2011
Harrison Ford au naturel

La foule des grandes nuits de la Piazza Grande était présente samedi soir à la projection de Cow-Boys & Aliens, avec Daniel Craig et Harrison Ford. Rencontre.
Olivier Père a fait très fort en programmant samedi soir, sur la Piazza Grande, le blockbuster de Jon Favreau en première européenne. Preuve en a été la véritable ruée du public sur la Piazza et dans la mégasalle de la FEVI. Autour du réalisateur, deux superstars du cinéma américain, Daniel Craig (devenu célèbre avec James Bond, et campant Rackham le rouge dans Le Secret de la licorne de Spielberg) et Harrison Ford (Indiana Jones portant ici un chapeau relooké Far-West) ont fait le déplacement de Locarno avec la belle Olivia Wilde, figure féminine irradiante de Cow-Boys & Aliens.
Combinant les motifs du western classique, aujourd'hui boudé par le jeune public américain, et les stéréotypes de la science fiction, le film se déploie dans un décor magnifique où les bons et les méchants de la tradition se liguent contre l'ennemi extérieur qui vient pomper « leur » or et semer la terreur par le truchement d'énormes crapauds griffus et dentus...
Un homme réservé et attentif
Cornaqués comme dans un safari jusqu'au palace dominant Lugano où les stars ont été accueillies, les journalistes ont eu droit à quatre entretiens d'une vingtaine de minutes, moyennant un code vestimentaire strict : pantalons longs souhaités...
Harrison Ford, charpentier avant d'être acteur, aime le travail. Le mot « work », « good work » revient souvent dans son discours mesuré, presque « taiseux », sans trace de frime. Autant l'acteur crève l'écran, autant l'homme est réservé et patient dans ses réponses : non, il ne connaît pas bien la Suisse à part ses montres ; oui, il est flatté de recevoir un Léopard d'or pour son travail ; non, il ne joue pas au golf et n'est pas venu à Locarno en avion ; oui, il se rendait en hélico à Santa Fé sur le lieu de tournage de Cow-Boys & Aliens ; non, il n'a pas essayé de se la jouer John Wayne ; oui, il a aimé travailler dans les grands espaces du Nouveau-Mexique et vivre avec des chevaux ; non, il ne pense pas que le parrainage de Steven Spielberg suffise à assurer le succès d'un film ; oui, il apprécie Cow-Boys & Aliens parce que Jon Favreau y a beaucoup et bien travaillé. Or le travail d'acteur, comme le travail manuel auquel il consacre une partie de ses loisirs, ou le travail de défenseur impénitent de l'environnement, lui plaisent également. Le travail, l'expérience : deux mots clefs dans la conversation de Harrison Ford...
- Qu'est-ce qui vous a séduit dans le projet de ce film ?
- Le script était si différent des films que j'ai tournés jusque-là que ça m'a intéressé, et d'autant plus que je n'ai jamais joué dans un western. J'ai tourné dans certains films touchant à la science fiction, mais le mélange des deux genres me semblait apte à réunir des publics divers. En outre, le personnage que je devais incarner m'a intéressé par sa complexité et son évolution au fil de l'histoire.
- En quoi, plus précisément ?
- Parce que c'est un type auquel il est difficile a priori de s'attacher. Mais il va faire un certain nombre d'expériences qui vont le changer. Cela l'amène ainsi à devenir un meilleur père quand il retrouve son fils finalement arraché aux Aliens.
- Pouvez-vous en dire plus sur sa relation avec son fils et ses deux jeunes émules, l'Indien et le gosse ?
- Pour le Colonel Woodrow Dolarhyde, l'homme le plus riche de la ville, son fils est un boulet. Son commerce de bovins emploie beaucoup de monde. On apprend au fil de l'histoire qu'il a eu une carrière militaire et qu'il a été engagé dans les batailles les plus meurtrières de la guerre civile, où il a perdu beaucoup d'hommes. Il est amer et cruel. Visiblement, il n'y a pas de Madame Dolarhyde, sinon elle aurait fui depuis longtemps. Son fils, veule et violent, est l'illustration de cette absence et de son propre manquement. Pourtant il est aussi le mentor du jeune Indien, auquel il a sauvé la vie, et ce qu'il vit enfin avec le petit garçon montre son désir de se racheter. Dont témoigne son sourire final...
18:18 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, festival de locarno
Dans la foulée du léopard d'or

Après le succès de La Forteresse, Prix du cinéma suisse en 2009, le nouveau film de Fernand Melgar, consacré à la réclusion administrative des sans-papiers en Suisse et aux conditions révoltantes dans lesquelles se passent leurs renvois, a été ovationné samedi à la FEVI. Pour ce que nous avons pu en juger jusque-là, le film semble en bonne position dans la compétition internationale.
En dépit de leurs qualités respectives, les films en concours que nous avons déjà vus ne semblent pas promis à un léopard d'or. Ainsi Beirout Hotel de Danielle Arbid, évoquant la relation amoureuse d'une chanteuse (Darine Hamzé) attendant le prince charmant (Charles Bering) « sur un volcan», séduit par son climat opposant érotisme et menace latente, mais accuse des faiblesses dans sa dramaturgie et son dialogue. Plus abouti et émouvant, en tout cas dans son premier tiers, Un amour de jeunesse de Mia Hansen Love, excelle à peindre un bonheur juvénile plombé par la séparation, mais se défaufile un peu dans le développement du film, qui garde du moins une belle fraîcheur.
D'un grand intérêt par son thème - un groupe de jeunes révoltés israéliens militant contre la pauvreté, qui basculent dans le terrorisme et sont liquidés par une unité de police ordinairement spécialisée dans la lutte contre les Arabes - Hashoter (Le policier) de l'Israélien Nadav Lapid, laisse aussi perplexe du fait de ses faiblesse de scénario et du manque de crédibilité de ses dialogues.
18:17 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, festival de locarno
05.08.2011
Le bad boy inspiré
Figure « phare » du cinéma américain indépendant, le réalisateur déjanté de L'Ange de la vengeance et de Mary est récompensé à Locarno par un Léopard d'honneur. Entretien .
Comment dire la violence du monde actuel ? Comment la rédemption s'y manifeste-t-elle ? Et quel rôle l'artiste peut-il jouer dans une société en perte de valeurs, fuyant dans le cynisme ou les faux-semblants ?
Telles sont les questions, entre autres que pose l'œuvre radicale, voire provocatrice, d'Abel Ferrara, qu'on peut situer dans la filiation d'un Sam Fuller, d'un John Cassavetes ou d'un Pasolini. Révélé en 1981 avec L'Ange de la vengeance, un film aussitôt marqué par les forces en lutte de l'amour et de la violence, Abel Ferrara développa ensuite une œuvre renouvelant la mythologie du film noir, dans The King of New York (1990) et Bad Lieutenant (1991), au fil d'une vision traversée par une quête du sacré à caractère religieux, comme dans Mary (2005). Ces quatre films seront d'ailleurs projetés à Locarno, où Abel Ferrara vient recevoir un Léopard d'honneur pour l'ensemble de son œuvre.
Nous l'avons rencontré dans la cour du couvent locarnais de La Magistrale, il a filé vers un bar voisin où il s'est commandé un « macchiato » et une glace à une boule. Nous n'avons bu que de l'eau après qu'il eut modulé un air de blues sur son harmonica...
- - Une polémique locale vous présente ces jours, à Locarno, comme un démon provocateur recourant à la violence et au blasphème. Comment le prenez-vous?
- - Qui m'accuse? Et quels sont les arguments de cet accusateur?
- - Il s'agit d'un éditeur tessinois, Armando Dadò, qui avait déjà attaqué l'an dernier les choix d'Olivier Père, et qui vous trouve indigne d'un Léopard d'or...
- - Diable! Mais lequel de mes films juge-t-il ? A-ti-il vu Mary?
- - Il semble qu'il n'ait vu aucun de vos films. Il juge par ouï-dire. C'est d'ailleurs ce que lui reproche le journal La Regione, relançant la polémique. Or cela vous arrive-t-il d'être jugé comme ça aux Etats-Unis, par des moralistes qui n'ont pas vu vos films?
- - Je n'en sais rien et je m'en fous. Je fais des films, et je ne peux pas mes soucier de ce qu'en pensent les gens. De plus, donner son avis sans connaissance de cause est la négation même de la pensée et de la conversation. Si ce Monsieur Dadò est un catholique, comme vous me le dites, il faut qu'il voie Mary. Ensuite nous en reparlerons...
- - Pensez-vous qu'on puisse lutter contre la violence par la violence? Et comment?
- - La violence, vous savez, est absolument omniprésente dans notre monde, et souvent où on ne l'attend pas ou ne la voit pas. Une polémique sans objet, à ce propos, est une violence. Certains discours contre la violence sont encore des violences, souvent inconscientes. En outre il y a une violence bonne, meilleure que la fausse entente. Et puis, dénoncer la violence n'est rien: ce qui m'intéresse est de faire sentir d'où elle vient et où elle va, à travers notre corps et notre esprit, nos pulsions et les forces contraires de la société...
- - Quel public touchez-vous aux States?
- - Il est évidemment restreint et particulier. Je suis quelqu'un, vous le savez bien, de borderline, et il est avéré que mes films ne sont appréciés que d'une minorité qui ne se laisse pas embarquer dans les grandes machines tournant à vide. Mais je ne m'en flatte pas pour autant...
- - Est-il difficile, pour un réalisateur de votre espèce, de trouver un producteur?
- - C'est difficile, mais ce n'est pas le principal. Je vois que, pour beaucoup de jeunes réalisateurs, c'est en effet de plus en plus difficile, et pourtant les films se font, vaille que vaille, et c'est ça qui compte.
- - Quels jeunes réalisateurs américains vous intéressent-ils?
- - Il y en a, il y en a pas mal. Je ne vais pas vous citer de noms, mais il ya des gens intéressants dans la nouvelle génération. Je ne vais pas beaucoup au cinéma, mais je crois que les jeunes ne sont pas pires que nous et que ça va continuer comme ça.
- - Êtes-vous un lecteur?
- - Yes, sir. Mais pas pendant que je prépare un film. Là, je me concentre sur la chose. Cependant je lis des tas de livres et je me sens proche, en particulier, de gens comme T.C. Boyle ou Cormac Mc Carthy, qui me semblent des types sérieux.
- - Que représente pour vous la reconnaissance du Festival de Locarno? Et la tournée des festivals, en général, vous importe-t-elle?
- - Tout ça fait partie du job consistant à faire des films. C'est un peu fatiguant de venir de New York à Locarno et ensuite de revenir et de repartir à Venise. Aussi, parler de soi et pas du détail des films est souvent ennuyeux, mais je le fais, vous voyez. Vous reprenez encore un peu d'eau?
Les point forts du week-end. Cow-boys et sans-papiers
À Locarno, le cinéma ex-Rex où se déroule la rétrospective consacrée à Vincente Minelli se remplit de jour en jour, comme l'an dernier ce fut le cas pour Lubitsch. Leslie Caron est apparue jeudi soir sur la Piazza Grande, évoquant son parcours légendaire en français, et le public se réjouit de la retrouver dans Un Américain à Paris, projeté le 12 août sur la Piazza Grande. Avec Harrison Ford, Gérard Depardieu et Isabelle Huppert, entre autres, la présence de la diva hollywoodienne aura marqué cette édition d'un « plus » glamoureux...
Demain soir, l'événement attendu donne dans le cinéma de « genr e» prisé par Olivier Père, avec Cow-boys & Aliens de Jon favreau, sur la Piazza, après la première de Vol spécial de Fernand Melgar à la Fevi, en compétition internationale.
20:04 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, festival de locarno
15.08.2010
À Locarno, comme un hiatus...
Le jury de la compétition internationale, présidé par le réalisateur singapourien Eric Khoo et composé de l'actrice iranienne Golshifteh Farahani, du réalisateur suisse Lionel Baier, de l'acteur français Melvil Poupaud, et du réalisateur américain Joshua Safdie, a rendu hier son verdict. Qui pose des questions récurrentes...
- Le Léopard d'or, Grand Prix du Festival, de la Ville et de la Région de Locarno (90.000 francs suisses à partager entre le réalisateur et le producteur) a été attribué au film Han Jia de LI Hongqi (Chine). Ce film exigeant, voire austère dans sa forme, réduite à de longs plans fixes, sans dialogues, raconte le quotidien de quatre adolescents désoeuvrés et de leur famille dans un petit village perdu du Nord de la Chine.
- Le Prix spécial du jury revient à Morgen, de Marian Crisan (France/ Roumanie/Hongrie), le film le plus primé par les divers jurys du festival, qui évoque les tribulations de l'immigration dans les pays de l'Est
- Autre film chinois qui a enthousiasmé plusieurs membres du jury et obtenu quatre autres mentions : Karamay, documenaire-fleuve de Xu Xin qui constitue un tableau de la société chinoise contemporaine à travers la remémoration d'une tragédie où ont péri plus de 200 enfants.
- Le Prix de la meilleure mise en scène est attribué à Denis Côté pour le film Curling (Canada). Pour ce même film, l'acteur Emmanuel Bilodeau est récompensé pour la meilleure interprétation masculine.
- L'actrice Jasna Durici reçoit le Léopard de la meilleure interprétation féminine pour le film Beli beli Svet d' Oleg Novkovic (Serbie/Allemagne/Suède).
- À l'exception de distinctions nationales, le cinéma suisse n'a reçu aucun prix dans la compétition internationale.
- Le prix du public UBS récompense Le Directeur des ressources humaines, d' Eran Riklis (Israël/Allemagne/France).
Autres compétitions
- Dans la seconde compétition de la section Cinéastes du présent, le Léopard d'Or revient à Paraboles, cinquième partie d'une série documentaire de la Française Emmanuelle Demoris.
- Un Léopard de la première œuvre a été décerné à Foreign Parts, de Verena Paravel et JP Sniadecki (Etats-Unis/France), avec une mention spéciale à Aardvark de Kitao Sakurai (États-Unis /Argentine).
- Dans la compétition des Léopards de demain, réservée aux courts métrages, le Léopard d'or a été attirbué à History of mutual respect de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt (Portugal), alors que le léopard d'or pour le meilleur court métrage suisse revient à Kwa Heri Mandima(Good Bye Mandima) de Robert-Jan Lacombe. En outre le Prix Action Light pour le meilleur espoir suisse revient à Angela de David Maye. Deux étudiants de l'Ecal lausannoise sont ainsi récompensés.
- A relever également que le Prix du jury Cinema et Gioventù a récompensé Yuri Lennon's Landing on Alpha 46 d' Anthony Vouardoux, tandis que le premier Prix du Jury des jeunes couronne Karamay de XU XIN.
- Le Variety Piazza Grande Award, distingué pour ses qualités d'originalité et son potentiel d'exploitation en salle, attribué par un jury de critiques, revient à Rares exports: a Christmas Tale, de Jalmari Helander (Finlande/Norvège/France/Suède).
- Le prix de la Fédération Internationale de la presse cinématographique confirme le choix du jury international en distinguant Han Jia de LI Hongqi, avec une mention spéciale à Karamay de XU Xin, Chine.
- Enfin, le Prix du Jury œcuménique est décerné à Morgen, avec des mentions spéciales à Han Jia et Karamay, alors que le Prix de la Fédération internationale des ciné-clubs récompense également Morgen, avec des mentions spéciales à Han Jian et Karamay.
Comme un hiatus...
Le prix du grand écart ne devrait-il pas être attribué au Festival du film de Locarno ? C'est la question qu'on pourrait se poser après l'avoir vécu et partagé, avec un public attentif et fervent, de belles et parfois grandes émotions, puis en découvrant le palmarès de la compétition réservé, une fois de plus, à des œuvres austèrement élitistes qui ne seront probablement jamais vues en salles par le grand public. Ainsi de deux derniers léopards d'or, consacrant des films chinois comme cette année, et qui sont restés, comme ce sera le destin de Han Jia, des films de festivals récoltant des lauriers d'un festival l'autre. A contrario, et selon toute probabilité, un premier film comme La Petite chambre, qui n'est certes pas un grand ouvrage de cinéma mais n'en module pas moins une très forte émotion, devrait faire une carrière publique plus heureuse, préfigurée par l'accueil enthousiaste des salles de Locarno. Autre exemple: on relève une fois de plus que le Prix du public UBS consacre, avec Le Directeur des ressources humaines d'Eran Riklis, un film qui, loin de donner dans la facilité, a toute les chances de faire une carrière publique.
Festival schizophrène, alors, que Locarno, de plus en plus populaire en apparence, et cherchant visiblement cette popularité, tout en laissant le dernier mot de ses compétitions à des spécialistes crispés sur leurs codes d'excellence ? La question frise déjà la polémique, mais ne remarque-t-on pas, entre la critique cinématographique de pointe et le public, un hiatus nettement plus accusé qu'entre la critique littéraire et les lecteurs ? Et les jurés de festivals de cinéma ne constituent-ils pas une « élite » particulière peu en phase avec un public même averti ?
D'un autre point de vue, qui recoupe sans doute ceux de Frédéric Maire, hier, et d'Olivier Père aujourd'hui, on pourrait dire aussi que le Festival du film de Locarno réalise, plutôt qu'un grand écart, un équilibre louable entre la défense du cinéma d'auteurs et l'illustration de toutes les tendances actuelles, jusqu'aux réalisations « de genre » les plus prisées de ce qu'on appelle le grand public.
Une chose frappe au Festival de Locarno, qui se déroule en période de vacances, le plus souvent par grand soleil: c'est la ferveur et la qualité d'écoute du public remplissant les salles obscures au lieu de se prélasser au Lido ou dans les vasques fraîches de la Maggia. Or, le prix du public UBS, réservé aux seuls films projetés sur la Piazza Grande, est-il représentatif du talent de ce public ? Sûrement pas !
D'où la question que nous pourrions poser à Olivier Père et Marco Solari : pourquoi ne pas instituer un véritable Prix du public du Festival de Locarno, approprié aux diverses sections, et qui pourrait mieux refléter certaines passions partagées et moduler les jugements des divers jurys ?
09:34 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, festival de locarno


