18.08.2008
L'esprit de Locarno a soufflé
BILAN A côté d’un Léopard d’or mérité à Parque via, du jeune Enrique Ribero, le palmarès du festival de Locarno fait la part belle à la relève romande. La consécration de La forteresse en est la plus éclatante preuve.
Dès la « première mondiale » de La Forteresse, bien accueillie par le public et les professionnels du Festival de Locarno, avec la caution immédiate de la Conseillère fédérale Evelyne Widmer-Schlumpf, qui s’est dite « très impressionnée », Fernand Melgar s’est imposé comme l’un des favoris de la section des Cinéastes du Présent. Internationale, la confrontation était beaucoup plus marquée qu’à Soleure, où il décrocha le Prix du meilleur documentaire suisse en 2006, avec Exit. Autant dire que c’est un homme revigoré qui rentre à Lausanne.
- Que vous inspire cette nouvelle distinction ?
- Indépendamment de ma reconnaissance personnelle, je crois que le grand vainqueur de cette édition du festival de Locarno est le cinéma romand. On sent vraiment un renouveau avec les œuvres si diverses de Jacqueline Veuve et de Dominique de Rivaz, de Lionel Baier et de cinéastes plus jeunes comme Julien Rouyet et Richard Szotyori. Ce n’est pas un cinéma arrogant ni roulant sur l’or, mais chaque œuvre illustre un « cinéma de nécessité », et cela commence à se savoir... Il y a quelques années encore, la visibilité du cinéma suisse était très faible. Aujourd’hui, c’est en train de changer.
- Nicolas Bideau y est-il pour quelque chose ?
- On a beaucoup tapé sur lui, mais je crois que sa façon de susciter le débat et de défendre cette meilleure visibilité a du sens. Pas tant que j’attende plus de paillettes ou de glamour, mais faire parler de notre travail, le relayer vers le public et à l’étranger, est nécessaire. Même avec les Panini de Bideau, si critiqués, j’ai constaté un effet d’émulation sur mes propres enfants, qui sont le public de demain, et sur le public de Locarno. A contrario, je regrette que la cérémonie de samedi n’ait pas été retransmise par nos télévisions. En France, nos confrères disposent d’une armada promotionnelle, à l’enseigne d’Unifrance. SwissFilms fait bien son travail, mais avec trop peu de moyens.
- Quelles retombées attendez-vous de ce Léopard d’or ?
- Je les constate immédiatement par un afflux d’invitation à d’autres festivals. Surtout, chaque film est un nouveau départ à zéro du point de vue financier. Celui-ci est à budget nettement supérieur au précédent (environ 600.000 francs, co-produit par l’OFC, la TSR, Arte et les régions), mais ceux qui m’ont aidé n’auront pas à le regretter. Or cette « caution » va compter pour le soutien de mon prochain film, qui sera une fiction. 
- Quand et comment La Forteresse va-t-elle arriver au public ?
- Dès le 15 septembre en Suisse romande, avec 5 copies qui vont toucher toutes les villes. J’ai cette fois recours à la distribution très professionnelle de Looknow, qui en assurera ensuite la diffusion en Suisse alémanique. Après l’exploitation en salle, la télévision suivra, en Suisse, sur Arte et en Belgique. Enfin, un important programme de projections scolaires est prévu, ainsi que la présentation du films aux administrations concernées et aux parlementaires.
- De quoi parlera votre fiction en chantier ?
- Il s’agit d’une histoire ancrée, à Lausanne, dans la réalité méconnue des clandestins. En restant près du réel, comme le font un Ken Loach ou les frères Dardenne, que j’admire, je vais en somme creuser le sujet de La Forteresse du point de vue des destinées individuelles. Je crois que les vraies histoires sont dans le réel et que le jeune cinéma doit se préoccuper du monde qui nous entoure…
La 61e édition du Festival international du film s’est achevée, samedi, sur un bilan artistique positif mais en légère baisse côté chiffres.
En décernant le Léopard d’or, Grand Prix du Festival et Grand Prix de la Ville et de la Région de Locarno, assorti de 90 000 francs, à Parque via, « meilleur film de la compétition internationale », c’est le premier long métrage d’un réalisateur hispano-mexicain de 32 ans que le jury a récompensé. Aux franges du «cinéma du réel», puisque l’acteur principal joue son propre rôle, Parque via n’en a pas moins la rigueur et l’âpre beauté d’une fiction, illustrant la détresse d’un vieil homme, gardien d’une luxueuse demeure depuis trente ans et ne voyant du monde que les horreurs du téléjournal, qui risque d’être « jeté » par les nouveaux propriétaires. Sans rien d’une « prise de tête », ce film illustre bien « l’esprit de Locarno » tissé d’exigence artistique mais également éthique. Les mêmes observations valent d’ailleurs aussi pour le Prix spécial du jury à la Polonaise Malgoska Szumowska et ses 33 Scènes de la vie, autant que pour le Canadien Denis Côté, dont Elle veut le chaos obtient très justement le Prix de la mise en scène. Au nombre des autres films primés, on relèvera encore le prix d’interprétation féminine à Ilaria Occhini, pour l’émotion forte qu’elle dégage dans Mar nero de Federico Bondi, et le Léopard d’or de la première œuvre au jeune Autrichien Händel Klaus pour März, très plongée dans un Tyrol de cauchemar pour nains de jardins, et le Prix du jury des jeunes au film russe Yuriev Den de Kirill Serebrennikov, dont l’ « oubli » au premier rang du palmarès laisse aussi songeur que la totale éviction d’Un autre homme de Lionel Baier, qui aura du moins la consolation d’avoir vu les droits mondiaux de son film achetés par Wide Managenent.
Côté chiffres, l’édition 2008 marque une augmentation de la fréquentation des salles par rapport à l’an dernier (123’308 spectateurs, contre 117’651 en 2007), compensant la baisse de spectateurs sur la Piazza Grande due aux conditions météo (56'700 spectateurs contre 68'100 en 2007). Le nombre total de spectateurs enregistre un fléchissement de 3 %, 180’008, contre 185’751 en 2007. Parmi les temps forts de la 61ème édition, on retiendra notamment la rétrospective consacrée à Nanni Moretti, et sa très généreuse présence. Enfin, un total de 372 films, courts, moyens et longs métrages, ont été projetés, dont l’ensemble aura reflété le cinéma de création en train de se faire.
Un court qui vaut de l’or
Julien Rouyet décroche un « petit léopard»
Les Vaudois sont à la fête à Locarno puisque, dans le sillage de Fernand Melgar, deux des trois jeunes réalisateurs en lice dans la compétition nationale des Léopards de demain, (Julien Rouyet, Julien Sulser et Richard Szotory) se sont vus distingués parmi les treize candidats au départ. Avec l’attribution d’un « petit léopard d’or » à La délogeuse, Julien Rouyet voit son travail de diplôme à l’ECAL immédiatement reconnu. Produit par l’école lausannoise, ce film de fiction réunissant cinq comédiens (dont Julia Perazzini) évoque le renversement de pouvoir que marque l’emprise croissante d’une employée de maison sur la propriétaire de la somptueuse villa qui l’a engagée. Né à Lausanne, auteur d’un premier court métrage intitulé Après, peut-être, Julien Rouyet figure au nombre des nouveaux talents que recommande Lionel Baier, son mentor. Si les sélectionneurs de la section ont beaucoup apprécié The political Lunch de Julien Sulser, autre Lausannois, c’est à Richard Szyotyri, qui décrocha déjà un « petit léopard » d’argent en 2003, avec Le dormeur, que sont revenus d’autres lauriers, pour son court métrage intitulé Au Café romand, avec le prix Action Light du « meilleur espoir suisse » et le prix Cinema e Gioventù pour le « meilleur court métrage suisse ». Ces divers courts-mais-bons, réunis à Locarno dans la section des Léopards de demain, seront sans doute à revoir (cf. http://www.shortfilm.ch) au fil des diverses manifestations égrenées au fil de l’année pour les amateurs du genre…
Palmarès 2008
Compétition internationale
Léopard d’or : Parque Via, Enrique Ribero, Mexique.
Prix spécial du jury : 33 Scenes of life, Lagoska Szumowska, Pologne.
Prix de la mise en scène : Elle veut le chaos, Denis Côté, Canada.
Meilleure interprète : Ilaria Occhini, dans Mar nero.
Meilleur interprète : Tayanç Ayaydin dans The Market.
Cinéastes du présent
Léopard d’or : La forteresse, Fernand Melgar, Suisse.
Prix spécial du jury : Alicia en el Pais, Esteban Arrain, Chili.
Léopard de la première
œuvre : März, de Klaus Händl, Autriche.
Léopards de demain
(courts)
Compétition
internationale : Dez Elefantes, Eva Randolph, Brésil.
Compétition nationale : La délogeuse, Julien Rouyet, Suisse.
Prix du jury des jeunes : Yuriev Den, Kirill Serebrennikov. Russie
Prix Action Light
(meilleur espoir suisse) : Au Café romand, Richard Szotyori, Suisse.
Prix du jury œcuménique : Mar Nero, Federico Bondi, Italie/Roumanie
Prix du public UBS : Son of Rambow, Gart Jenings, G-B.
Prix Variety Piazza Grande : Back soon, Solveig Ansprach, Islande.
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