10.08.2011

Le cadeau des curés

Pasolini18.jpegUn don  important  à la Cinémathèque suisse: 502 films en 16mm déposés par la paroisse de Mendrisio. Trésor de mémoire.

Des prêtres se la jouant Cinema Paradiso dans les années 50 : c'est la belle histoire racontée hier à Mendrisio par deux d'entre eux, Don Crivelli et Don Storelli.

« Nous avons participé à la popularisation de la culture et du cinéma dans les années d'après-guerre, alors que les salles de projection étaient encore rares et que la télévision se limitait aux foyers riches », explique Don Storelli, vicaire de l'évêché. En sa jeunesse, le prêtre fut lui-même des pionniers de la fondation ACER, grâce à laquelle des centaines de films circulèrent dans les paroisses tessinoises des années 50 aux années 90. Fournissant les maisons de paroisses, mais aussi les écoles ou les colonies italiennes en Suisse, ce réseau original de distribution  a fonctionné comme une cinémathèque locale.

«Avec l'aval de la Confédération, nous avons développé une collection de films en 16mm. que nous achetions à Milan et qui incluait tous les genres : classiques du 7e art, comédies italiennes, westerns, films récents à vocation éducative ou non. Le choix était très ouvert, et débouchait parfois sur des discussions quand le film s'y prêtait, par exemple lorsque nous projetions des films de Jean Renoir ou de Pier Paolo Pasolini. Lorsqu'une scène était moralement délicate, le prêtre mettait sa main devant le projecteur ! »

« C'est en somme l'histoire de la cinéphilie tessinoise que documente ce fonds», se réjouit Frédéric Maire. De mère italienne, le directeur de la Cinémathèque suisse a lui-même «appris» le cinéma sur les murs d'une église où le prêtre projetait des films. «Ce legs contient des raretés appréciables, mais il a un intérêt plus général en cela qu'il illustre comment les têtes blondes ont été initiées au cinéma dans cette partie de notre pays».

Conservés dans les caves de la maison de paroisse de Mendrisio, les 502 films ont parfois subi des altérations, et l'ensemble de la collection se trouvait menacé à terme. Autant dire que leur dépôt à la Cinémathèque, «beau cadeau » selon Frédéric Maire,  relève aussi du sauvetage...