05.08.2010

Le blues du zombie

Sur L.A. Zombie de Bruce LaBruce, en compétition à Locarno.

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Précédé d’une rumeur sulfureuse, encore accentuée par son récent retrait intempestif de l’affiche du dernier Festival de Melbourne, le nouveau film du réalisateur underground canadien Bruce LaBruce, L.A.Zombie, n’a pas paru indigne à Olivier Père de figurer dans la compétition internationale.
Présenté hier soir à une heure tardive, avec la mention «interdit aux moins de dix-huit ans», ce film subvertissant les codes trash des films d’horreur et du porno gay, dépasse à vrai dire la provocation par ses évidentes qualités plastiques, évoquant le lyrisme urbain d’un David Lynch ou, picturalement, la splendeur des tags à la Basquiat, tout en constituant une traversée du monde des sans-logis de Los Angeles.
Singulièrement, le zombie de LaBruce (étonnante présence du « hardeur » gay François Sagat) n’a rien du vampire prédateur, puisqu’il sauve les victimes de morts violentes en les pénétrant de sa longue trompe sexuelle à pointe de queue de scorpion humanoïde, projetant ensuite sur eux une espèce de sperme noir régénérateur…
Les familiers de films gore de moins de 18 ans poufferont, les amateurs de formes « paniques » dans la tradition post-surréaliste à la Topor ou Arrabal souriront tout en appréciant la créativité visuelle du réalisateur et de ses complices affreux-jojos. Quant au public adulte moyen non averti, il risque de trouver cela tout à fait abject, comme en convient d’ailleurs Bruce LaBruce.
D’un point de vue plus intérieur et moral (!), l’originalité du film tient enfin à l’émotion paradoxale  qui se dégage de la solitude et de la mélancolie de ce mort-vivant rappelant l’ange de Wim Wenders dans Les ailes du désir, finalement plus tendre et « humain » que les violents qui l’emportent dans la Cité des Anges…